Jamais la santé mentale n’a autant occupé l’espace public. Au point parfois de donner le sentiment que tout vacille. Les chiffres, les spécialistes et les personnes concernées racontent pourtant une histoire plus nuancée. Décryptage.
Les médias rapportent fréquemment que « les Français sont les plus gros consommateurs d’anxiolytiques en Europe », que « les jeunes vont de plus en plus mal » et qu’« une personne sur six aurait connu un épisode dépressif au cours de l’année écoulée ». Ces titres alarmistes soulèvent la question : allons-nous vraiment de plus en plus mal ?
La manière dont nous les abordons a simplement évolué. Par exemple, lorsque Nicolas Demorand a révélé en 2025 qu’il souffrait d’un trouble bipolaire, sa déclaration a été largement saluée, illustrant une avancée dans la libération de la parole sur la santé mentale. Cela soulève cependant une question : assistons-nous à une aggravation des troubles psychiques ou avons-nous simplement appris à reconnaître nos fragilités ?
Ce qui ne se disait pas
Historiquement, les dépressions étaient vécues dans le silence et la honte. Les troubles bipolaires et la schizophrénie sont souvent entourés de préjugés. Mickaël Worms-Ehrminger, docteur en santé publique, souligne que cette visibilité accrue ne signifie pas que la souffrance était moins présente par le passé. Il déclare : « Je ne crois pas que les gens aillent massivement plus mal qu’avant. En revanche, nous parlons beaucoup plus de santé mentale. »
Des chiffres qui racontent plusieurs histoires
Les données de Santé publique France indiquent qu’environ un adulte sur six a connu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois. Les adolescents et jeunes adultes montrent des signes de détérioration, avec une augmentation des passages aux urgences pour gestes suicidaires, surtout chez les adolescentes. Cependant, ces chiffres doivent être interprétés avec prudence, car ils incluent des comportements d’automutilation qui ne traduisent pas toujours une volonté de mourir. Dans une enquête de Santé publique France publiée en juin 2026, il est rapporté que huit collégiens sur dix et plus de sept lycéens sur dix ont une perception positive de leur vie actuelle. Le taux de suicide, bien qu’élevé, a globalement diminué depuis les années 1980.
Une époque qui supporte mal ses bless
Le Pr Antoine Pelissolo a souligné l’importance de déstigmatiser les maladies mentales sans les banaliser. Selon lui, il est essentiel de reconnaître que la tristesse et le découragement font partie de la condition humaine. La souffrance devient problématique lorsqu’elle devient envahissante.
Quelle différence entre émotion et maladie ?
Dans une revue de mars 2026, la psychologue Lucy Foulkes a étudié les effets des campagnes de sensibilisation sur la santé mentale. Elle a noté que l’accent mis sur nos émotions peut parfois mener à des interprétations erronées. Worms-Ehrminger rappelle que « cent pour cent de la population mondiale présente des symptômes anxieux », soulignant que l’anxiété est une émotion normale, à condition qu’elle ne perturbe pas le quotidien.
Quand les réponses se trouvent sur les réseaux sociaux
Le phénomène de l’autodiagnostic, facilité par les réseaux sociaux, peut brouiller la frontière entre émotions et maladies. Mickaël Worms-Ehrminger avertit que les listes de symptômes sont parfois trop générales, ce qui peut induire en erreur. De plus, certains influenceurs en santé mentale peuvent exploiter ces fragilités, proposant des solutions simplistes à des problèmes complexes.
Derrière les mots, le handicap psychique
Il est crucial de ne pas oublier ceux pour qui la souffrance psychique est devenue une maladie. Worms-Ehrminger insiste sur le fait que ceux qui souffrent le plus sont souvent ceux qui avaient déjà des difficultés auparavant. La réalité du handicap psychique reste largement méconnue malgré une attention accrue sur le bien-être psychologique.
Redonner du pouvoir d’agir
Worms-Ehrminger souligne que la souffrance psychique ne se limite pas à des problèmes chimiques. La psychiatrie du rétablissement met l’accent sur l’importance de la parole et de l’alliance thérapeutique. L’objectif est de permettre aux personnes de retrouver leur place dans leur propre histoire.
Une autre idée du soin
Le véritable défi en santé mentale n’est pas d’éradiquer les ombres de nos vies, mais de s’asr que ceux qui traversent des périodes difficiles ne le fassent pas seuls. C’est peut-être cela, la plus belle définition du soin.
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