Les États-Unis siphonnent les investissements
ENTRETIEN — Le dirigeant alerte sur le décrochage français en matière d’accès aux médicaments innovants et de souveraineté pharmaceutique.
Six ans après le Covid, Charles Wolf, directeur général de Sanofi France, souligne que la dépendance de la France vis-à-vis des pays comme la Chine et l’Inde pour ses médicaments n’a pas été complètement réduite. Actuellement, seulement 9 % des produits validés par l’Europe sont fabriqués en France, contre 24 % en Allemagne. Cette situation est révélatrice des défis auxquels le pays fait face en matière de souveraineté pharmaceutique, qui nécessite une vision à long terme.
Wolf identifie une érosion progressive de l’attractivité de la France pour les investissements dans le secteur pharmaceutique. Il critique une politique du médicament trop tactique, axée sur des achats annuels, alors que le développement de médicaments et la construction d’usines nécessitent des investissements sur le long terme, souvent de dix à vingt ans.
En outre, un médicament développé en France est maintenant évalué de manière similaire à ceux produits ailleurs, ce qui a conduit à des prix en France qui sont environ 15 % inférieurs à la moyenne européenne et 30 % en dessous de ceux pratiqués en Allemagne. De plus, six médicaments sur dix validés par l’Europe sont disponibles en France, tandis que ce chiffre atteint neuf sur dix en Allemagne. Le délai entre l’autorisation européenne et la commercialisation est également préoccupant : il est d’environ 550 jours en France, contre seulement 50 jours en Allemagne.
Wolf évoque une nouvelle compétition mondiale dans le domaine pharmaceutique, où les États-Unis, avec 400 milliards d’euros d’investissements attirés l’an dernier, jouent un rôle dominant. La Chine, pour sa part, adopte une stratégie à long terme soutenue par la taille de son marché intérieur. Face à cette situation, Wolf appelle la France et l’Europe à agir pour redevenir des acteurs majeurs dans le secteur pharmaceutique, en utilisant les leviers réglementaires qui sont à leur disposition.
Source : La Tribune
