Hausse des salaires au Japon : un tournant historique avec plus de 5% d’augmentation pour la troisième année consécutive
Après des décennies de déflation et de stagnation salariale, le Japon a enregistré un tournant significatif avec trois années consécutives de hausses de salaires dépassant 5%. Cette dynamique, alimentée par une pénurie de main-d’œuvre, pourrait relancer durablement la consommation, l’inflation et la croissance économique.
Historiquement, le Japon a connu une spirale déflationniste où la baisse ou la stagnation des prix freinait les augmentations salariales, incitant les ménages à différer leurs achats et les entreprises à restreindre leurs investissements. Ce cycle semble désormais rompu. Les récentes négociations salariales annuelles, connues sous le nom de « Shuntō », ont abouti à une augmentation moyenne des salaires de 5,01% pour l’année 2026. Ce chiffre, publié par Rengo, la principale organisation syndicale du pays, marque la troisième année consécutive où les hausses salariales dépassent le seuil des 5%, une première en plusieurs décennies.
Bien que cette progression soit légèrement inférieure aux 5,25% observés en 2024, elle reste conforme à l’objectif fixé par Rengo, qui représente environ 7 millions de salariés, soit près de 10% de la population active japonaise. Ces négociations sont donc un indicateur clé de l’évolution des rémunérations au Japon.
En comparaison, les entreprises françaises n’accorderont qu’une augmentation de 2% en 2026, après 2,2% en 2025. Cette disparité souligne la prudence des groupes nationaux face à une croissance modérée et à des pressions sur les coûts, selon WTW.
Un salaire minimum à 6,08 euros de l’heure
Un autre aspect marquant est le mécanisme de revalorisation des salaires. Alors que la France s’appuie sur un système automatique d’indexation du Smic, le Japon privilégie des négociations annuelles entre syndicats et employeurs. Les entreprises japonaises commencent également à accorder des augmentations généralisées des salaires de base, phénomène rare depuis l’éclatement de la bulle immobilière dans les années 1990.
En effet, environ 3,5% de l’augmentation globale de 5,01% correspond à une hausse permanente du salaire fixe, tandis que le reste provient des progressions de carrière. Le gouvernement japonais, dirigé par la Première ministre Sanae Takaichi, vise à porter le salaire minimum moyen national à 1.500 yens de l’heure (environ 8,15 euros) d’ici la première moitié des années 2030, contre 1.121 yens actuellement (6,08 euros).
Un soutien à la politique monétaire de la Banque du Japon
Ces hausses de salaires soutiennent la politique monétaire de la Banque du Japon, qui observe un cycle « salaires-prix » en cours. L’augmentation des rémunérations stimule la consommation, tandis que les entreprises peuvent répercuter leurs coûts dans leurs prix. Les marchés financiers estiment à 95% la probabilité d’une nouvelle hausse des taux directeurs avant la fin de l’année, renforcée par des indicateurs économiques récents.
La pénurie de travailleurs, exacerbée par le vieillissement de la population, pousse les entreprises à augmenter les salaires pour attirer et conserver leurs employés. Ces augmentations devraient soutenir la consommation intérieure et contribuer à prolonger la phase actuelle de croissance économique, potentiellement la plus longue depuis la guerre.
Source : Bloomberg, WTW
