Si vous travaillez pour une usine de chars, tout va bien. Sinon, vous avez des problèmes
En dépit d’une croissance affichée, l’économie russe révèle de nombreuses failles. Les secteurs liés à l’armement prospèrent, tandis que le niveau de vie des citoyens continue de diminuer, sans que cela incite le Kremlin à mettre fin aux hostilités.
Le 11 août, l’agence nationale de statistiques Rosstat a annoncé une croissance de 1,3 % sur un an, supérieure à celle de la zone euro, qui stagne à 1 %. Toutefois, cette embellie masque des problèmes structurels. Le pays, engagé dans un conflit avec l’Ukraine depuis quatre ans, dépend de plus en plus des dépenses militaires, financées par des hausses d’impôts.
Alex Kolyandr, directeur Europe du cabinet EurasiaGroup, a commenté : « Si vous avez de la chance et que vous travaillez pour une entreprise de production de chars, alors tout va bien. Sinon, vous risquez de rencontrer des problèmes. » Il souligne une inflation incontrôlée et un ralentissement de l’économie non-militaire. La récente croissance, la première depuis 2023, est largement due à la hausse des prix du gaz, dont la Russie est un grand exportateur. Cependant, les frappes ukrainiennes sur des infrastructures et les sanctions européennes pèsent sur les recettes, qui devraient atteindre seulement 64 % de leur niveau de 2024.
Les finances publiques sont en difficulté, avec un déficit qui pourrait doubler par rapport à l’année précédente, atteignant 24 milliards d’euros. Les taux d’intérêt en hausse augmentent le coût de la dette publique, forçant l’État à rembourser davantage chaque année.
Des biscuits comme un symbole
Les citoyens russes subissent de plein fouet la réduction des dépenses sociales. Les grandes surfaces rapportent une tendance vers des produits alimentaires moins chers. Yekaterina Lobacheva, présidente du groupe X5, a observé une augmentation de la consommation de biscuits, qui a presque doublé. « C’est une petite douceur, un petit plaisir, mais moins cher que le chocolat », a-t-elle déclaré.
Cette détérioration du pouvoir d’achat ne semble pas suffire à convaincre le Kremlin de renoncer à ses ambitions en Ukraine. Kolyandr a suggéré que, dans la situation actuelle, Poutine pourrait chercher à intensifier les hostilités pour obtenir des résultats favorables.
La poursuite des objectifs militaires est soutenue par les prix élevés du carburant. Elina Ribakova, chercheuse au Peterson Institute for International Economics, a noté que si le prix du pétrole restait bas, cela pourrait changer la dynamique. Cependant, cette situation est peu probable dans le contexte actuel des relations internationales.
Vladimir Poutine doit naviguer cette crise tout en se préparant pour les élections législatives de septembre. Des mes telles que des hausses d’impôts sur les compagnies pétrolières et gazières pourraient être envisagées pour alléger les finances publiques.
Source : BFM TV



