De Chicago à Los Angeles : un road trip culturel sur la Route 66
Huit États, trois fuseaux horaires et près de 4 000 kilomètres. Ouverte en 1926 entre Chicago (Illinois) et Santa Monica (Californie), la Route 66 traverse les États-Unis d’est en ouest comme aucune autre. Elle a d’abord été le chemin des migrants de la Grande Dépression, les « Okies » de John Steinbeck dans Les Raisins de la colère. Puis elle a accueilli les beatniks, les motards d’Easy Rider, des familles en quête d’horizon et, aujourd’hui, des touristes.
Retirée du réseau fédéral en 1985 au profit des autoroutes, elle a pourtant conservé son pouvoir d’attraction. Sur son tracé, musées, architectures contemporaines et lieux de mémoire redessinent ses paysages.
À Chicago, l’Obama Presidential Center
Tout commence à Chicago, point de départ historique de la Route 66. Depuis le South Side, où Barack Obama a « appris à écouter », s’ouvre une autre histoire. Ouvert en juin, l’Obama Presidential Center se déploie sur un campus de 7,8 hectares, financé par 850 millions de dollars de fonds privés. L’art contemporain y occupe une place centrale avec un vitrail monumental de Julie Mehretu, Uprising of the Sun, évoquant les luttes pour les droits civiques. Une trentaine d’artistes, de Maya Lin à Mark Bradford, ont investi le campus.
À Oklahoma City, le First Americans Museum
Plus de la moitié de la Route 66 traverse des territoires autochtones. L’Oklahoma en est le cœur géographique. Le First Americans Museum d’Oklahoma City retrace l’histoire et la culture des 39 nations tribales reconnues de l’État. Le musée, dont le toit évoque un oiseau en plein vol, remet en question la narration traditionnelle de la conquête de l’Ouest, la présentant comme un déplacement forcé.
À Amarillo, le Cadillac Ranch
Dans les grandes plaines du nord du Texas, le Cadillac Ranch est l’une des œuvres emblématiques de la Route 66. En 1974, le collectif californien Ant Farm y a planté dix épaves de Cadillac, accessibles au public et couvertes de graffitis. Cette installation change d’aspect au gré de l’actualité, reflétant les luttes sociales contemporaines.
À Santa Fe, O’Keeffe et le désert
Entre 1926 et 1937, la Route 66 passait par Santa Fe, aujourd’hui revendiqué comme tronçon originel par les passionnés. C’est ici que Georgia O’Keeffe a vécu, séduite par la lumière du désert. Le SITE Santa Fe, fondé en 1995, prolonge cet héritage en invitant les artistes à interagir avec cette géographie singulière.
À Los Angeles, le LACMA de Zumthor
La Route 66 s’achève à Santa Monica, au bord du Pacifique. Cependant, c’est sur Wilshire Boulevard que le voyage trouve sa conclusion la plus inattendue. Inaugurées récemment, les David Geffen Galleries du LACMA, conçues par Peter Zumthor, transforment l’espace muséal en un lieu d’échange artistique, présentant 6 000 ans d’histoire de l’art sur un seul niveau.
La Route 66, symbole de circulation et d’horizon ouvert, continue d’être un parcours riche en découvertes culturelles.
Source : Beaux Arts Magazine
