Tout ce qui pouvait être transféré vers le rail ou la route l’a déjà été
Alors que le Rhin a atteint un niveau historiquement bas en raison de la sécheresse, l’Alsace subit des perturbations significatives dans le trafic fluvial. Un tiers des exportations alsaciennes transitent par ce fleuve, essentiel pour la logistique régionale.
La sécheresse a fait chuter le niveau du Rhin à des seuils alarmants, rendant la navigation difficile. Jean-Laurent Kistler, chef du service développement chez Voies navigables de France (VNF) à Strasbourg, souligne que « le Rhin a toujours connu des périodes de basses eaux, mais cette année, nous sommes confrontés à un épisode historique ». En effet, dans les ports alsaciens, les navires transportant des carburants ne peuvent charger que 400 tonnes, soit quatre fois moins que les 1.600 tonnes habituelles, entraînant des pénuries dans les stations-service locales.
Le Rhin, navigable depuis Bâle, en Suisse, jusqu’aux grands ports de la mer du Nord, a vu passer près de 285 millions de tonnes de marchandises en 2024, représentant 60% des volumes transportés sur toutes les voies navigables de l’Union européenne, selon la Commission centrale pour la navigation du Rhin (CCNR). En Alsace, un tiers des exportations transitent par le fleuve, ce qui accentue l’impact des perturbations logistiques.
Le niveau d’eau à Kaub, un point de référence en Rhénanie-Palatinat, a récemment chuté à 5 centimètres, rendant le fleuve difficilement navigable. Cette situation critique affecte l’ensemble de la chaîne logistique entre les grands ports de la façade de la mer du Nord et le Rhin supérieur.
Si le Rhin est canalisé sur sa partie franco-allemande, garantissant une profondeur d’eau minimum de 3 mètres, ce n’est plus le cas en amont. Les bateaux doivent réduire leur chargement, naviguant parfois avec seulement 10 à 30% de leur capacité utile. « On constate une baisse très importante des tonnages alors que le nombre de bateaux a diminué beaucoup moins vite », affirme Elvis Darnault, directeur des infrastructures des ports de Strasbourg.
Les flux de marchandises ont été redirigés vers d’autres modes de transport, notamment le rail et la route. Toutefois, « tout ce qui pouvait être transféré vers le rail ou la route l’a déjà été », et ces alternatives saturent progressivement. Par ailleurs, en raison de la baisse de rentabilité économique, certains bateaux préfèrent rester à quai.
Jean-Laurent Kistler ne prévoit pas de retour à la normale pour la navigation sur le Rhin. Bien que des pluies soient attendues, permettant une légère remontée du niveau du fleuve, cela ne serait qu’une embellie temporaire. À ce jour, 15% des stations-service de la région Grand Est sont en rupture d’au moins un carburant, selon les données officielles du gouvernement.
Source : BFM Business



