Humanoïdes : révolutions agricoles et alimentaires ?
En quelques mois, les robots humanoïdes sont devenus l’une des vitrines de l’accélération technologique et de la course mondiale en matière d’innovation, sur fond de poussée de l’intelligence artificielle d’un côté et de rivalités sino-américaines de l’autre. Plusieurs éléments concourent à relier le développement des humanoïdes avec les enjeux de l’agriculture et de l’alimentation, de la recherche à la production, de la transformation à la consommation, en passant par la logistique et la distribution.
Tenir compte du contexte global
Pour comprendre en quoi l’irruption des humanoïdes dans l’univers agricole et alimentaire n’est pas à sous-estimer, il est important de rappeler certaines dynamiques actuellement à l’œuvre :
D’abord, nourrir la planète constitue le premier secteur d’emploi mondial. Près de 1,4 milliard de personnes travaillent dans les systèmes agricoles et alimentaires, soit environ quatre actifs sur dix. L’agriculture primaire en mobilise à elle seule près de 900 millions, auxquels s’ajoutent les métiers de la pêche et de l’aquaculture, de la transformation, de la logistique, de la distribution ou encore de la restauration. Bien que la part de l’agriculture dans l’emploi mondial recule progressivement, passant de plus de 40 % au début des années 1990 à environ un quart aujourd’hui, l’arrivée de robots humanoïdes dans ces secteurs soulève des questions sur l’avenir du travail et des compétences.
Ensuite, la population mondiale vieillit et les secteurs agricoles et alimentaires n’échappent pas à cette tendance. L’érosion de l’attractivité pour les métiers productifs agricoles et ceux de l’industrie complique la situation. Les travailleurs vieillissants, souvent peu valorisés, peinent à transmettre leurs compétences. Les humanoïdes en agriculture et agro-industrie évoquent ainsi le défi du rapport au travail dans des secteurs exigeants.
En outre, la technologie et l’intelligence artificielle sont déjà présentes dans ces secteurs. L’arrivée des humanoïdes pourrait marquer un tournant, avec une IA qui pourrait agir de manière autonome, allant au-delà de l’assistance traditionnelle.
Par ailleurs, les attentes envers l’agriculture et l’alimentation sont immenses, notamment en matière de durabilité et d’écologie. Les humanoïdes pourraient potentiellement mieux s’adapter à ces exigences, en optimisant l’usage des ressources et en appliquant des protocoles sans résistance.
Enfin, la compétition géopolitique entre puissances, notamment la Chine et les États-Unis, influence le développement des humanoïdes. Des pays comme le Japon et l’Arabie Saoudite investissent également dans cette technologie, cherchant à anticiper les évolutions du marché du travail.
Ouvertures en conscience
La robotisation agricole est déjà une réalité, répondant à des défis tels que la productivité et le manque de main-d’œuvre. Les humanoïdes pourraient devenir des outils puissants pour accélérer les transitions nécessaires dans le secteur.
Cependant, il est crucial de réfléchir à la place de l’humain face à ces avancées technologiques. Les humanoïdes ne vont pas envahir nos champs, nos usines, nos magasins et nos cuisines du jour au lendemain, mais ils soulèvent des questions sur la responsabilité et la prise de décision dans la production alimentaire.
La course à l’innovation dans ce domaine nécessite une vigilance accrue sur les implications éthiques et sociétales des humanoïdes dans les systèmes agricoles et alimentaires.
Source : Article de prospective sur les enjeux agricoles et alimentaires, 2028.

