80 000 voix pour un cheveu : la révolte silencieuse des élèves ivoiriennes
Elles n’ont pas manifesté dans les rues. Elles n’ont pas brûlé de pneus. Elles ont signé. En quelques jours, plus de 80 000 élèves, parents et citoyens ont apposé leur nom sur des pétitions en ligne pour dénoncer une pratique qui perdure depuis des décennies dans les établissements scolaires de Côte d’Ivoire : l’obligation faite aux filles de se couper les cheveux pour avoir le droit d’entrer en classe. Derrière cette règle présentée comme disciplinaire se cache une réalité troublante : elle ne s’applique pas à tout le monde.
Le règlement qui blesse
Chaque rentrée scolaire, un rituel humiliant se répète dans de nombreux collèges et lycées publics ivoiriens. Les filles aux cheveux crépus, afro, tressés ou en locks se voient refuser l’entrée en classe ou pire, se font couper les cheveux sur place, parfois sans ménagement, par des enseignants ou des surveillants. Ce règlement intérieur, ancien et arbitraire, impose des standards capillaires inadaptés. Beaucoup de ces jeunes filles souffrent de devoir se conformer à des normes qui ne leur correspondent pas, allant jusqu’à voir leurs cheveux tomber suite à des traitements agressifs. Pour elles, ce n’est pas seulement une mèche qui tombe, mais une part de leur identité que l’on tranche.
L’injustice dans l’injustice
Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la révélation d’une discrimination au sein même de cette règle. En effet, celle-ci ne s’applique pas de la même manière à toutes les élèves. Les enfants blancs ou métis qui étudient avec elles ne subissent pas cette pression. Les élèves aux cheveux lisses ou bouclés peuvent librement laisser pousser leur chevelure. Aucun surveillant ne leur demande de se raser. Cette règle, censée promouvoir la discipline et l’égalité, révèle un traitement à deux vitesses : une pour les filles noires aux cheveux crépus, une autre pour les autres.
80 000 signatures et une question qui dérange
Face à cette injustice, la riposte est venue du numérique. Plusieurs pétitions ont été lancées simultanément sur Change.org et d’autres plateformes, toutes adressées au ministre de l’Éducation nationale ivoirien, Koffi N’Guessan. À ce jour, plus de 80 000 signataires ont soutenu ces initiatives. Les pétitionnaires ne réclament pas l’anarchie, mais demandent que les élèves puissent conserver leurs cheveux naturels, à condition qu’ils soient soignés. Ils souhaitent que l’école cesse de confondre discipline et négation de soi.
Une règle héritée de la colonisation
Pour comprendre l’origine de cette pratique, il faut remonter à l’histoire. Cette logique, héritée de la colonisation, associe les cheveux crépus à l’indiscipline et les cheveux lisses à la respectabilité. Des décennies après les indépendances, cette vision continue de prospérer dans les salles de classe ivoiriennes, au détriment des élèves qui en sont les premières victimes.
Le cheveu comme acte politique
Le cheveu crépu joue un rôle de protection et de santé. En gardant leurs cheveux naturels, les élèves affirment leur identité et refusent de se nier. C’est un message à l’institution : leur identité n’est pas un obstacle à leur éducation.
La balle est dans le camp du ministère
Les signataires appellent les autorités éducatives ivoiriennes à revoir et réformer ces règlements désuets pour mettre en place des politiques plus inclusives. Chaque élève mérite de se sentir acceptée et libre d’exprimer son identité. 80 000 voix se sont élevées, attendant une réponse claire et une réforme qui mette fin à cette discrimination.
Source : www.dakaractu.com