Retrait d’une haute distinction à Zelensky par la Pologne : ce qu’il faut savoir sur ce passé qui ne passe pas
La Pologne a récemment décidé de retirer au président ukrainien Volodymyr Zelensky la plus haute distinction du pays. Cette décision ravive les tensions mémorielles entre les deux nations, en lien avec des massacres ayant causé la mort de milliers de personnes des deux côtés.
La décision du chef de l’État polonais, Karol Nawrocki, fait suite à l’annonce par Zelensky de baptiser une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). Cette organisation nationaliste, active durant la Seconde Guerre mondiale, est tenue pour responsable en Pologne de la mort de dizaines de milliers de Polonais. Ce contexte pourrait nuire aux relations bilatérales.
1. L’UPA et les massacres de Volhynie
Entre 1943 et 1945, la région de Volhynie, autrefois polonaise et aujourd’hui ukrainienne, a été le théâtre de massacres de populations civiles polonaises par des unités de l’UPA. Ces attaques ont souvent été suivies de représailles polonaises, dans un contexte d’occupation allemande et soviétique. L’Institut polonais de la mémoire nationale (IPN) estime le nombre de victimes entre 70 000 et 100 000, tandis que les représailles auraient fait entre 10 000 et 12 000 victimes.
2. Deux positions contraires
En Pologne, l’action de l’UPA est perçue comme un nettoyage ethnique, considérée comme un génocide. Cette position a été officialisée en 2016 par le parlement polonais. En revanche, l’Ukraine reconnaît les massacres mais rejette le terme de génocide, évoquant un conflit tragique dans un contexte de guerre. Les historiens ukrainiens avancent que la politique répressive de Varsovie dans les années 1930 a renforcé les sentiments antipolonais et contestent le nombre de victimes avancé par la Pologne.
3. Renaissance nationaliste ukrainienne
De nombreux historiens ukrainiens voient l’UPA comme un mouvement patriotique luttant pour l’indépendance contre l’URSS et l’Allemagne nazie, bien que sa collaboration avec les nazis et son rôle dans la Shoah soient souvent minimisés. La perception de l’UPA a évolué après l’indépendance de l’Ukraine en 1991 et l’invasion russe en 2014. La décision de Zelensky de nommer une unité militaire d’après l’UPA s’inscrit dans un projet mémoriel visant à unir les Ukrainiens autour de figures historiques.
4. Malgré tout, un effort mémoriel commun
La question de l’exhumation des victimes des massacres de Volhynie est cruciale pour les relations polono-ukrainiennes. Depuis les années 1990, la Pologne a tenté d’identifier et d’enterrer les victimes, un processus interrompu par un moratoire ukrainien en 2017. Depuis 2024, avec l’arrivée d’un gouvernement centriste en Pologne, des équipes conjointes ont repris les exhumations, considérées comme un pas vers une reconnaissance mutuelle des souffrances.
5. Des enjeux diplomatiques
Les divergences de perception autour de la Volhynie en font un enjeu politique majeur. En Pologne, la mémoire des victimes est devenue centrale dans le discours politique, souvent liée au soutien à l’Ukraine. De son côté, Kiev met en garde contre la politisation de l’histoire, affirmant que « l’histoire doit rester aux historiens ».
Cette situation délicate souligne les défis persistants dans les relations entre la Pologne et l’Ukraine, où la mémoire historique continue d’influencer les dynamiques diplomatiques.
Source : AFP