Retour à l’ordre constitutionnel en Guinée : l’installation d’une nouvelle Assemblée nationale
La nouvelle Assemblée nationale guinéenne, issue des élections législatives du 31 mai 2026, a été installée la semaine dernière. Composée de 147 députés, cette assemblée est dominée par la majorité présidentielle. Plusieurs figures de l’opposition ayant boycotté le double scrutin, leur présence dans ce nouveau parlement est quasiment inexistante. La nouvelle législature est dirigée par l’ancien président du Conseil national de transition, l’organe législatif de la période de transition.
Fin de la transition
L’installation de l’Assemblée nationale marque une étape clé dans le processus de retour à l’ordre constitutionnel, mettant fin à un cycle institutionnel ouvert par le coup d’État du 5 septembre 2021, qui a renversé le président Alpha Condé. Cela consacre le rétablissement d’institutions issues du suffrage universel.
Kabinet Fofana, directeur du cabinet Les Sondeurs, souligne que « la mise en place de l’Assemblée répond à une préoccupation démocratique importante ». Il estime que cette nouvelle assemblée doit animer la vie démocratique et contrôler l’action publique, notamment à travers des projets d’envergure comme Simandou.
Cependant, certains observateurs estiment que la fin de la transition ne se me pas seulement à la création d’institutions. Les enjeux majeurs concernent le fonctionnement effectif de ces institutions, le pluralisme politique et la capacité de la nouvelle Assemblée nationale à exercer ses prérogatives de contrôle de l’action gouvernementale.
Bilan de la transition : avancées et écueils
Près de cinq ans après le coup d’État, le bilan de la transition guinéenne apparaît contrasté. D’un côté, des avancées notables ont été réalisées, comme l’élaboration d’une nouvelle architecture institutionnelle et l’adoption d’un nouveau Code électoral. Cela a permis l’organisation des élections présidentielle et législatives.
Le Conseil national de la transition (CNT) a également mené un vaste processus de consultations dans les 33 préfectures du pays. Selon le bilan du CNT en juillet 2026, des lois organiques et ordinaires ont été adoptées, et le projet Simandou, considéré comme le plus grand projet minier d’Afrique de l’Ouest, a été mis en avant. Le procès du massacre du 28 septembre 2009, longtemps attendu, a également été perçu comme une avancée dans la lutte contre l’impunité.
Néanmoins, des critiques émergent concernant le respect des engagements pris lors de la transition. Alassane Souaré, consultant indépendant, déplore que des membres du gouvernement aient pu se présenter aux élections, ce qui va à l’encontre des promesses initiales. Il souligne également l’interdiction de certains partis politiques, la dissolution d’autres, ainsi que la restriction des manifestations et la fermeture de médias privés.
Similitudes et différences avec d’autres transitions
La Guinée partage des points communs avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), tels que le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont également connu des coups d’État militaires et des transitions. Toutefois, elle se distingue par sa volonté de rester membre de la CEDEAO, contrairement aux autres pays de l’AES qui ont rompu avec cette institution. La Guinée a choisi de conserver une stratégie diplomatique ouverte vis-à-vis de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, tout en mettant l’accent sur la souveraineté nationale et la réforme de l’État.
En conclusion, bien que la Guinée ait suivi une voie pragmatique en matière de transition, elle fait face à des défis importants pour garantir un retour effectif à l’ordre constitutionnel et à une démocratie véritable.
Source : DW
