Les problèmes informatiques qui ont retardé le versement des indemnités chômage auraient-ils pu être évités ?
Le passage du Secrétariat d’Etat à l’Economie (Seco) au nouveau système de paiement SIPAC 2.0, entamé en début d’année, a engendré des difficultés notables dans le versement des indemnités de chômage. De nombreux bénéficiaires ont dû patienter longtemps, certains sollicitant même des avances. Mi-juin, le Seco a déclaré au journal Le Temps qu’il n’y avait plus de retards de paiement pour les personnes dont le droit aux prestations a été établi et que les délais pour le traitement des nouvelles demandes continuaient de se réduire.
Cependant, des révélations récentes du média Blick apportent un nouvel éclairage sur cette situation. Jusqu’à fin 2025, les 32 caisses d’assurance chômage suisses utilisaient un système informatique datant des années 1980. La mise en place de SIPAC 2.0 visait à moderniser et centraliser les processus, mais son déploiement a été entaché de problèmes techniques.
Les retards auraient-ils pu être évités ? Selon Le Temps, le Contrôle fédéral des finances (CDF) a réalisé six audits critiques sur le pilotage du projet depuis son lancement en 2017. Le dernier audit, publié en août 2025, notait des progrès dans la gestion du projet, mais soulignait également que l’achèvement complet restait un défi pour le Seco.
En ce qui concerne la sécurité et l’architecture informatique, des rapports confidentiels consultés par Blick indiquent que la plateforme a été testée en profondeur avant son lancement. La société Eraneos a évalué la sécurité de SIPAC 2.0, qui manipule des données sensibles de centaines de milliers de demandeurs d’emploi, tandis que Deloitte a analysé son architecture. Aucun des deux tests n’a été validé par les experts, qui ont identifié 71 défaillances, dont 27 jugées critiques.
Les évaluations ont également mis en évidence une complexité excessive de la plateforme, la rendant peu conviviale et difficile à maintenir. Les performances, notamment le temps de réponse lors de la saisie d’informations, ont également été critiquées. Des experts, comme le professeur Matthias Stürmer de la Haute École spécialisée bernoise, estiment que le Seco aurait dû retarder le lancement à la lumière de ces dysfonctionnements. En réponse, le Seco a affirmé que tous les problèmes de sécurité pertinents avaient été résolus avant la mise en service et a nié tout problème technique persistant.
Cette situation soulève des questions sur la gestion de projets informatiques au sein des institutions publiques et sur les conséquences que de tels retards peuvent avoir sur les bénéficiaires d’indemnités chômage.
Source : Le Temps, Blick
