Rétablissement Psy : le contact à la Nature comme allié
À l’EPSM de Caen, le jardin thérapeutique Hellebore se révèle être un véritable outil de soin. Ce lieu, où potagers, biodiversité et écopâturage se côtoient, ouvre de nouvelles voies aux personnes vivant avec un handicap psychique.
En ce jeudi 9 juillet, Carine Marais, infirmière et responsable du jardin, annonce à ses patients : « Aujourd’hui, on ira doucement… ». Malgré la canicule, trois patients, dont Franck et Mourad, sont présents pour leur rendez-vous hebdomadaire. Sous la chaleur, le jardin impose son rythme, ralentissant les gestes et favorisant une atmosphère de calme.
Bien plus qu’un jardin
À l’entrée, les tournesols accueillent les visiteurs, tandis qu’une spirale d’aromatiques diffuse ses senteurs. Deux chèvres se consacrent à l’écopâturage, contribuant à l’entretien écologique du jardin. Ce dernier, à quelques pas des bâtiments de l’Établissement public de santé mentale (EPSM), est aussi un espace de soins. Carine Marais, qui a eu l’idée de ce jardin en 2019, observe comment le contact avec la terre et la nature aide les patients à retrouver confiance en eux.
Quand le lieu s’adapte aux personnes
Depuis mai 2022, six parcelles de jardin ont été créées grâce à l’implication des jardiniers de l’EPSM. Carine Marais, titulaire d’un diplôme universitaire en « Santé et jardins », coordonne ce lieu accessible à tous les patients. Chaque espace est conçu pour que chacun puisse y trouver sa place, indépendamment de ses capacités ou de son handicap.
Le jardin de tous les possibles
Le jardin accueille des personnes de 5 à 87 ans, allant d’enfants en pédopsychiatrie à des adultes souffrant de troubles mentaux. Chacun s’approprie le jardin à sa manière, que ce soit en goûtant des fruits ou en s’occupant des animaux. Il n’existe pas une seule façon d’aller mieux, mais plusieurs, en harmonie avec la nature.
Le vivant comme partenaire de soin
Les patients participent également au comptage des oiseaux, une activité qui favorise le bien-être psychologique. Des études montrent que l’observation des oiseaux contribue à réduire le stress. À Hellebore, cette pratique est accessible à tous, sans besoin de matériel sophistiqué.
La biodiversité comme alliée
Le jardin est un écosystème vivant, avec des chèvres et des brebis qui contribuent à l’entretien des espaces verts. Des aménagements permettent la circulation des hérissons, une espèce en déclin. Les abeilles pollinisent les fleurs, et l’ensemble du jardin devient un refuge pour la biodiversité.
Un jardin où l’on est… et où l’on fait
Tous les patients ne jardinent pas ; certains lisent, d’autres se reposent. À Hellebore, il n’y a ni obligation de produire, ni pression pour réussir. Le jardin permet de se reconnecter à soi-même. Pour certains, il devient le premier pas vers un projet professionnel, avec des orientations possibles vers des formations.
Une autre façon de soigner
Cette approche illustre l’évolution de la psychiatrie, qui s’ouvre à des méthodes complémentaires. Une étude de 2023 dans The Lancet Planetary Health révèle que les habitants des zones les plus vertes ont un risque de troubles mentaux inférieur de 20 % par rapport à ceux vivant dans des milieux moins végétalisés. À Hellebore, les prescriptions médicales pour le jardin sont renouvelées, témoignant de son intérêt thérapeutique.
Un modèle qui essaime
L’expérience d’Hellebore s’inscrit dans un mouvement plus large en France, où les jardins thérapeutiques se développent dans divers établissements de santé. La création d’un diplôme universitaire en 2023 sur le thème « Santé et jardins » témoigne de cette évolution. Carine Marais souligne que ces interventions visent avant tout l’apaisement, sans se substituer à la médecine traditionnelle.
En quittant Hellebore, le bourdonnement des abeilles rappelle que, même après les tempêtes de la vie, il est possible de reprendre racine.
Source : Mickaël Chapuliaut


