Repenser la doctrine socialiste de l’immigration : travail et statut des étrangers en France
Les questions d’immigration et d’intégration sont au cœur des débats politiques en France, avec un accent particulier sur la nécessité de réviser la doctrine socialiste. Le député Paul Christophle souligne que la France ne souffre pas tant d’un « trop‑plein » migratoire, mais plutôt d’un défaut d’intégration. Dans le cadre d’une réflexion de l’Observatoire du fait migratoire de la Fondation Jean-Jaurès, il affirme que les politiques de contrôle des flux migratoires sont inefficaces, coûteuses et contraires aux valeurs républicaines. Son alternative ? Reconnaître et légaliser le travail des étrangers présents en France, investir massivement dans l’intégration, et reconstruire un projet social pour répondre aux fragilités qui alimentent le vote d’extrême droite.
En avril 2026, l’Espagne a adopté un plan de régularisation pour les travailleurs sans-papiers, marquant une inflexion dans les politiques migratoires européennes. Entre 2019 et 2025, la population étrangère en âge de travailler en Espagne a augmenté de 39%, atteignant 14% des plus de 16 ans. Ce plan a permis d’accroître l’emploi légal et de réduire le travail dissimulé, générant un gain fiscal net de 4 000 euros par migrant régularisé.
À l’inverse, la France a récemment durci sa législation sur l’immigration, avec une loi adoptée en décembre 2023 qui introduit une forme de préférence nationale, excluant certains étrangers réguliers de prestations sociales pendant cinq ans.
Bassem Asseh et Daniel Szeftel, dans une contribution à la Fondation Jean-Jaurès, appellent la gauche à renouer avec une tradition « régulatrice et intégrationniste » abandonnée dans les années 1980. Ils soulignent l’importance de distinguer entre les politiques d’immigration, qui contrôlent les flux entrants, et celles qui gèrent les étrangers déjà présents sur le territoire, comme l’accès à l’emploi et au logement.
Les politiques d’immigration actuelles se concentrent sur l’attraction des travailleurs qualifiés, souvent au détriment des pays en développement, aggravant les inégalités. Les politiques de contrôle des flux sont jugées inefficaces car elles ne traitent pas les causes profondes de la migration, telles que les inégalités de développement et les conflits.
Concernant la France, en 2023, 326 000 étrangers non communautaires ont obtenu un premier titre de séjour, dont 33% étaient des étudiants et 28% pour des motifs familiaux. Ces chiffres montrent que la France ne fait pas face à une submersion migratoire, mais à un défi d’intégration.
La situation des travailleurs étrangers en France est préoccupante, avec entre 600 000 et 700 000 personnes en situation irrégulière qui n’ont pas accès au marché du travail légal. Cela crée un cercle vicieux où les travailleurs sans-papiers, qui contribuent à l’économie, sont privés de protections sociales, ce qui nuit à l’intégration.
La France doit donc repenser sa politique migratoire en favorisant l’accès au marché du travail pour tous les étrangers, indépendamment de leur statut administratif. Cela permettrait non seulement d’améliorer l’intégration, mais aussi de réduire le travail non déclaré, estimé à environ 10 milliards d’euros de manque à gagner fiscal et social par an.
En conclusion, la gauche, et particulièrement le Parti socialiste, doit compléter son inflexion doctrinale par une politique d’intégration ambitieuse. L’immigration n’est pas le problème de la France ; c’est l’incapacité à intégrer qui constitue un défi majeur.
Source : Observatoire du fait migratoire de la Fondation Jean-Jaurès, 2024.

