Je savais que ça allait être compliqué, mais pas autant
Beaucoup de jeunes ont encore du mal à trouver une alternance, malgré des mois de recherche et de candidatures. En cause, certains secteurs qui recrutent moins et l’absence de centres de formation, essentiels pour établir un lien entre les entreprises et les étudiants. Exemple dans l’Aisne.
Les élèves font leur rentrée, et pour de nombreux étudiants de l’enseignement supérieur, cela signifie rechercher une alternance. Cependant, pour certains, décrocher le précieux contrat est loin d’être évident. Louis Michu, étudiant en BTS immobilier, a mis six mois avant de trouver une agence.
Pourtant, il n’a pas manqué d’efforts. Il s’est rendu directement dans plusieurs entreprises dans l’Aisne : une dizaine à Soissons, avant d’élargir ses recherches par téléphone près de Laon, Château-Thierry, Villers-Cotterêts, Fère-en-Tardenois et Anizy. « Au début, je ne stressais pas forcément, mais arrivé fin juin, début juillet, je commençais à me dire que j’allais peut-être faire une année sabbatique », explique-t-il.
Les refus ont mis à mal sa motivation. À plusieurs reprises, des entreprises lui ont fait croire à une opportunité avant de finalement décliner sa candidature : « On m’a dit non, on a pris quelqu’un d’autre, une personne un peu plus âgée que toi, qui a plus de bagages. » Ce n’est qu’à la fin août qu’il a reçu une réponse positive, sauvant ainsi son année.
Louis Michu savait que la recherche serait compliquée. Il entendait de nombreuses personnes lui dire que « l’alternance, c’est vachement compliqué, mais de là à ce que ce soit autant compliqué, je ne m’y attendais pas ».
La conjoncture économique actuelle est difficile, et les jeunes peinent à trouver des entreprises qui recrutent. Mélanie Dauteuille, responsable du bureau des entreprises en lycées professionnels à Soissons, constate que le budget alloué à l’apprentissage a baissé, passant de 24 milliards d’euros en 2020 à 20,5 milliards d’euros en 2026. Parmi les secteurs les plus touchés, le bâtiment a enregistré un seul contrat signé, tandis que l’hôtellerie semble moins affectée, avec une forte demande.
Mélanie Dauteuille tente d’accompagner les jeunes grâce à un réseau d’entreprises. Elle observe toutefois une baisse de signatures de contrats. Les jeunes ont jusqu’au 30 novembre pour trouver une entreprise, sans quoi ils ne pourront pas poursuivre leur formation, ce qui est source d’angoisse. Ils doivent également trouver une alternance qui corresponde au référentiel de leur filière.
À Château-Thierry, les élèves en filière vente niveau CAP ont eu plus de chance. Ils préparent leur titre professionnel dans une nouvelle école privée, un CFA qui n’existait pas auparavant dans la région. La direction démarche les entreprises et met en place un système de mise en relation entre les étudiants et les employeurs. Cette méthode a permis de pourvoir 77 offres sur 120 disponibles.
Une entreprise de services de ménage et de jardinage à domicile à Dormans a reçu trois candidatures du CFA et en a retenu deux. La gérante, Emmanuelle Cuitot, souligne l’importance de trouver les bons profils pour gagner en efficacité.
Le manque de centres de formation reste un frein, mais la création du nouveau CFA à Château-Thierry est perçue comme une aubaine pour répondre aux besoins locaux. Les alternants sont traités comme des salariés à part entière.
Source : France 3 Régions

