Que dit la science sur l’acétamipride et le flupyradifurone, les pesticides potentiellement réintroduits ?
Les pesticides sont à nouveau au cœur des débats publics en France. Le Parlement a récemment adopté le projet de loi d’urgence agricole, permettant à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) de réintroduire, sous certaines conditions, l’acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides actuellement interdits en France mais toujours autorisés dans l’Union européenne.
Contexte factuel
L’acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes, connus pour leur impact néfaste sur les pollinisateurs. Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, décrit cet insecticide comme ayant un effet paralysant sur le système nerveux central des insectes, entraînant des difficultés d’orientation et de butinage. Le flupyradifurone, quant à lui, appartient à la famille des buténolides et présente un mode d’action similaire. Selon Bonmatin, la distinction entre les deux est minime, avec des effets comparables.
Bien que l’acétamipride soit autorisé dans l’UE jusqu’en 2033, des limites de doses ont été réduites ces dernières années. Le flupyradifurone est quant à lui autorisé jusqu’en 2029. En 2020, la France avait interdit l’utilisation de ces deux substances, en raison de leurs risques avérés pour l’environnement et la santé.
Données ou statistiques
Des études scientifiques soulignent la toxicité de l’acétamipride pour les abeilles et d’autres pollinisateurs. Philippe Grandcolas, directeur adjoint de l’institut Ecologie & Environnement au CNRS, affirme qu’il existe un consensus scientifique sur les dangers de cette molécule. Les recherches montrent que des épandages, même en faibles quantités, peuvent entraîner des mortalités allant jusqu’à 92 % chez certaines espèces d’insectes.
L’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa) a évolué dans ses recommandations. En 2013, elle indiquait que l’acétamipride pouvait endommager le système nerveux humain. En 2016, elle a classé l’insecticide comme « toxique en cas d’ingestion » et « susceptible de provoquer le cancer ». En 2024, l’Efsa a reconnu des « incertitudes majeures » concernant ses effets sur la santé humaine, appelant à davantage de données pour évaluer les risques.
Conséquence directe
Le retour potentiel de l’acétamipride et du flupyradifurone soulève des inquiétudes quant à leur impact non seulement sur les pollinisateurs, mais également sur d’autres espèces animales et sur la santé humaine. La communauté scientifique appelle à une prise de décision éclairée par des données solides pour protéger les générations futures.
Source : Franceinfo
