Réchauffement climatique : « J’ai une boule d’angoisse »
Les différentes vagues de canicule qui s’enchaînent dans toute la France participent à réactiver ou à intensifier le sentiment d’éco-anxiété, partagé par 4,2 millions de personnes en France.
La « panicule ». Sur Instagram, la journaliste Lauren Bastide a forgé ce néologisme, contraction de « canicule » et « panique », pour décrire les montées d’angoisse liées aux vagues de chaleur successives qui traversent la France depuis juin dernier. « C’est quand on panique à cause de la canicule », précise-t-elle dans sa publication.
D’après une étude de l’Agence pour la transition écologique (Ademe) publiée en avril 2025, 4,2 millions de personnes sont fortement ou très fortement éco-anxieuses, au point d’avoir un suivi psychologique. Forgé en 1996 par la médecin-chercheuse en santé publique Véronique Lapaige, le terme « éco-anxiété » désigne la détresse psychologique ressentie face à la crise environnementale et à la menace du changement climatique. Les canicules, qui s’enchaînent sans répit, viennent accélérer ce phénomène de prise de conscience de l’impact du réchauffement climatique sur nos vies.
Interrogée par Le Monde, Hélène Jalin, psychologue clinicienne, spécialiste de l’éco-anxiété et chercheuse à l’université de Nantes, constate chaque jour dans son cabinet les effets de la chaleur sur l’anxiété de ses patients : « La canicule peut agir comme un déclencheur brutal d’éco-anxiété parce qu’on ne peut pas échapper à la chaleur. Elle nous atteint dans notre corps, dans nos logements, jusque dans notre sommeil. Elle rend les conséquences du changement climatique visibles, parfois insupportables physiquement ».
C’est le cas de Marion, une jeune de 30 ans, qui constate une hausse de son éco-anxiété depuis le début des épisodes caniculaires. La montée des températures, et sa difficulté à les supporter physiquement, en vient à remettre en cause ses projets de vie : « J’ai une boule d’angoisse et je me demande si ça vaut le coup d’avoir des enfants et de leur offrir ce monde. Qu’est-ce qu’on va leur laisser ? », s’interroge-t-elle.
Elle songe également à s’installer dans des contrées au climat plus doux. « Je pense parfois à aller m’installer en Écosse, qui connaît moins ces phénomènes extrêmes de changement de température. Je fais des recherches dans ce sens », confie-t-elle. Sur Instagram, les utilisateurs se fédèrent pour évoquer leur angoisse liée à la canicule. L’influenceur Lucadorable, qui rassemble 250 000 abonnés sur le réseau social, partage sa peur face à un avenir qui s’assombrit et l’absence de perspectives face à une canicule qui perdure.
Les commentaires abondent dans son sens : « Merci pour la colère. Enfin une réaction normale. Je ne comprends pas, les gens sont morts de rire. Ce n’est pas normal et c’est dangereux », écrit notamment @cucurbitacee-ultrafushia.
Avant cette canicule, Morgane suivait de manière plus distanciée les informations autour du réchauffement climatique. Aujourd’hui, elle sourit jaune en avouant n’avoir jamais autant « regardé la météo », mais s’exaspère face au traitement de la situation par les médias généralistes : « On a vachement réduit la parole des scientifiques. On se demande comment aménager nos villes, mais nous, on ne nous parle que de clim ».
Alors qu’une troisième vague de chaleur s’apprête à traverser la France, l’éco-anxiété de Morgane risque de monter en flèche, tout comme le mercure. « Il y a un avant et un après cette canicule. Je ressens une forme de panique générale. On subit les conséquences de nos actes, et c’est difficile à encaisser », conclut-elle.
Source : France 3 Régions
