En RDC, une radio locale transformée en lieu de détention
Dans l’est de la République démocratique du Congo, Reporters sans frontières (RSF) dénonce la reconversion en prison des locaux de la radiotélévision Nyiragongo Musisimuke (RTNM), situés à Munigi, dans le territoire de Nyiragongo. Le média a été fermé en janvier 2025, peu après la prise de contrôle de la ville de Goma par l’AFC/M23. Ses locaux abriteraient désormais les bureaux des services de renseignements du mouvement rebelle et serviraient également de lieux de détention.
D’anciens détenus affirment avoir reconnu les locaux de la radio
Dans un rapport publié le 3 septembre, RSF qualifie d' »inhabituelle » la reconversion des locaux de la RTNM et s’inquiète de ses conséquences sur la liberté de la presse. L’organisation affirme avoir recueilli des témoignages en ce sens. Camille Montagu, du bureau Afrique subsaharienne de RSF, explique que quatre personnes ont été interrogées, dont deux ont été détenues dans ces locaux en septembre 2025 et au printemps 2026. Elles ont reconnu le logo de la radio sur le portail d’entrée et ont indiqué que l’antenne est toujours présente.
Sous pression, les médias travaillent dans la peur et l’autocen
La RTNM était l’unique radio de Munigi, à moins de dix kilomètres de Goma. Sa reconversion en bureaux des services de renseignements et en lieu de détention inquiète les professionnels des médias. Un journaliste, sous couvert d’anonymat, décrit un climat de travail difficile : « Nous sommes dans la peur la plus totale et dans l’inquiétude parce que, finalement, ce ne sont pas tous les sujets qu’on peut aborder. On ne peut pas aborder ouvertement des sujets d’enquête, on ne peut pas aborder des sujets d’impunité, on ne peut pas aborder des sujets de violation grave des droits de l’Homme à tout moment. »
L’UNPC dénonce un coup porté à la liberté de la presse
Pour l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), cette situation constitue une atteinte à la liberté de la presse et d’expression. Valéry Mukosasenge, président de l’UNPC dans la province du Nord-Kivu, déclare : « C’est un coup d’épée contre la liberté de la presse, mais également contre la recherche de bonnes informations. » Il appelle l’AFC/M23 à revenir sur cette décision pour prouver qu’ils protègent la liberté d’expression et la place des médias.
L’AFC/M23 n’a pas encore réagi au rapport de RSF. En attendant, une partie de la population de Nyiragongo reste sans média local, et le bâtiment de la RTNM est désormais devenu une source de crainte pour les habitants.
Source : Reporters sans frontières

