RDC: deux mois après l’annonce d’une 17e épidémie d’Ebola, un virus qui progresse plus vite que la riposte

RDC : Deux mois après l’annonce d’une 17e épidémie d’Ebola, le virus progresse plus vite que la riposte

Le 15 mai 2026, la République démocratique du Congo (RDC) annonçait la détection d’une 17ᵉ épidémie d’Ebola, avec l’épicentre situé dans la province de l’Ituri. Deux mois plus tard, la progression du virus Bundibugyo semble dépasser les efforts de riposte.

À Bunia, Rodrigue Alitanou, directeur des opérations de l’ONG Alliance for International Medical Action (Alima), souligne le climat d’urgence qui règne dans la région. Depuis la déclaration de l’épidémie, les centres de traitement fonctionnent à plein régime, tandis que des alertes communautaires continuent d’affluer. À ce stade, l’épidémie ne montre aucun signe d’apaisement.

Plus de 750 décès et plus de 2 000 cas détectés

L’épidémie a débuté à Mongbwalu, dans le territoire de Djugu, fin avril. Un premier cas suspect émerge le 24 avril, suivi d’une transmission intra domiciliaire. Le 27 avril, le premier décès est enregistré. Ce n’est que le 11 mai que l’alerte est prise au sérieux, entraînant des prélèvements qui confirmeront la présence du virus Bundibugyo. Le ministère de la Santé déclare officiellement l’épidémie le 15 mai, et l’OMS la classe comme « urgence de santé publique de portée internationale » deux jours plus tard.

À ce jour, selon Médecins sans frontières (MSF), le nombre de cas confirmés a triplé en moins de cinq semaines, passant de 650 à près de 2 000 au 12 juillet, tandis que les décès ont plus que quintuplé, atteignant plus de 700.

L’épidémie d’Ebola qui progresse le plus vite

Les semaines épidémiologiques 25 et 26, à cheval sur juin et juillet, ont chacune enregistré plus de 300 nouveaux cas. Au 13 juillet, le bilan total s’établit à 2 011 cas et 754 décès, avec une létalité de 37,5 %. MSF la qualifie de troisième plus importante épidémie d’Ebola jamais recensée, dépassant la moitié du nombre de cas de la précédente épidémie de 2018-2020.

L’Ituri reste le principal foyer, représentant 89,9 % des cas et 83,7 % des décès. Toutefois, le virus s’étend également au Nord-Kivu, qui compte 182 cas, ainsi que dans les provinces du Haut-Uélé et de la Tshopo.

Un retard entre déni et délais

Alitanou évoque un décalage entre la progression de l’épidémie et la réponse sanitaire. Deux facteurs expliquent cette situation : un déni initial des populations, et le temps nécessaire pour mettre en place la riposte, durant lequel le virus a continué à circuler. Au 13 juillet, seuls 67,4 % des contacts recensés avaient été suivis, bien en deçà du seuil de 95 % recommandé par les autorités sanitaires.

Des centres qui débordent, des patients qui arrivent trop tard

Le centre de traitement d’Elikya à Bunia fonctionne à pleine capacité, avec des patients qui arrivent souvent dans un état critique. À Mongbwalu, la situation est similaire, avec 57 survivants soignés contre plus de 110 décès. Le taux d’occupation des structures d’isolement atteignait 120,6 % au Nord-Kivu et 82,7 % en Ituri, où 753 patients étaient hospitalisés.

Alitanou met également en lumière les décès communautaires, où des patients meurent chez eux, exacerbant la transmission du virus.

Des soignants entre riposte, décès et grèves

Les soignants font face à des défis supplémentaires, notamment des mouvements sociaux liés à des retards de paiement. En Ituri, 114 membres du personnel de première ligne ont été infectés, avec une létalité de 31,6 %.

Aucun traitement ni vaccin validé, mais deux essais thérapeutiques

Actuellement, il n’existe aucun traitement ni vaccin validé contre le virus Ebola-Bundibugyo. Deux essais thérapeutiques, coordonnés par l’OMS et Alima, sont en cours pour tester de nouvelles molécules et évaluer des traitements préventifs.

Une question qui reste ouverte

Alitanou appelle à une meilleure coordination nationale pour agir simultanément dans les zones touchées et celles non encore affectées, afin de prévenir une extension de l’épidémie.

Deux mois après son premier cas confirmé, l’épidémie du Bundibugyo n’a pas encore atteint son pic, laissant planer une incertitude sur l’évolution future de la situation.

Source : RFI

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