C’est tourner le dos à 60 ans de démocratisation culturelle : au Rassemblement National, quelle vision et quelle place pour la culture ?
À Cagnes-sur-Mer, la nouvelle municipalité Rassemblement National (RN) a décidé de ne plus soutenir la Maison des artistes, une institution qui a existé pendant plus de 70 ans dans la commune, fondée par Claude Renoir, fils du célèbre peintre. Cette décision, bien que paraissant isolée, s’inscrit dans une vision plus large de la culture au sein du parti.
La municipalité RN de Cagnes-sur-Mer a suscité la controverse en annonçant la fin de ce soutien. Cette me soulève des questions sur la place de la culture dans l’idéologie du RN. Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS, a analysé les politiques culturelles dans plusieurs municipalités dirigées par le RN. Il souligne que cette décision pourrait refléter une vision conservatrice et patrimoniale de la culture, privilégiant les « grands maîtres » au détriment de la création contemporaine et de l’action culturelle en direction des quartiers populaires.
Depuis les dernières élections municipales, le RN a renforcé son implantation dans plusieurs villes de la Côte d’Azur. Négrier note que cette implantation peut être considérée comme un laboratoire de la politique culturelle du RN. Dans le passé, des villes comme Perpignan ont montré une intention de se présenter comme respectables, mais les récents changements indiquent un discours plus offensif et une volonté de contrôle direct sur les contenus culturels.
Le sociologue met également en lumière l’obsession du RN pour le « goût des gens », une stratégie qui, selon lui, reflète une approche démagogique de la culture. En cherchant à flatter les préférences populaires, le RN pourrait négliger l’essence même d’une politique culturelle, qui devrait encourager la découverte de nouvelles formes d’art. Négrier avertit que se limiter aux goûts populaires, souvent déterminés par des facteurs socio-économiques, constitue un recul par rapport aux efforts de démocratisation culturelle réalisés au cours des 60 dernières années.
Les municipalités RN, selon l’analyse de Négrier, agissent à travers quatre « P » : politisation, privatisation, patrimonialisation et proscription. Chacun de ces aspects pose un risque pour la liberté de création, qu’elle soit directe ou indirecte. De plus, la préférence du RN pour les cultures traditionnelles et folkloriques pourrait conduire à un rejet de la diversité culturelle contemporaine.
En conclusion, cette nouvelle approche, à la fois brutale et idéologique, ne se limite pas au RN. D’autres élus de droite adoptent également des discours et des pratiques similaires, comme l’illustre la présidente de la région Pays-de-la-Loire, Christelle Morançais, qui a récemment réduit le financement de la culture au profit d’autres priorités.
Source : France 3 Côte d’Azur

