Rapport de l’Observatoire de l’écosystème médiatique

(Montréal) Les jeunes Canadiens de 18 à 34 ans sont de plus en plus enclins à considérer le contenu produit par des influenceurs et des journalistes citoyens comme des nouvelles, bien que la majorité de ces créateurs n’aient pas reçu de formation en journalisme et ne soient pas soumis à des normes éthiques ou déontologiques.

L’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM) de l’Université McGill a publié un rapport mardi, fondé sur l’analyse de près de 9 millions de publications entre janvier 2023 et décembre 2025, ainsi qu’un sondage national réalisé auprès de 1 518 répondants en ligne. Ce rapport met en lumière une tendance préoccupante : le journalisme professionnel perd du terrain en ligne, poussant les jeunes internautes vers des sources d’information moins fiables.

L’OEM souligne que les journalistes professionnels et les influenceurs politiques produisent un contenu fondamentalement différent. L’analyse des contenus sur YouTube et TikTok en 2025 révèle que 80 % du contenu médiatique est axé sur le reportage, tandis que celui des influenceurs mélange reportage, opinion et analyse. Les influenceurs émettent également des affirmations sans attribution dans 76 % des cas, contre 31 % pour les journalistes.

Cette montée des influenceurs s’explique en partie par la décision de Meta de bloquer les contenus journalistiques sur ses plateformes pour éviter de verser des contributions financières aux médias canadiens, conformément à la Loi sur les nouvelles en ligne. Seuls 41 % des utilisateurs de Facebook et 23 % des abonnés d’Instagram sont au courant de ce blocage, mais beaucoup se sont adaptés en se tournant vers des applications de médias d’information.

Par ailleurs, les médias d’information ont réduit leur présence sur les réseaux sociaux depuis 2023. En effet, les publications des organes de presse sur X ont chuté de 55 %. Les petites rédactions locales rencontrent des difficultés pour suivre le rythme et atteindre leur public sur de multiples plateformes.

En conséquence, un fossé se creuse entre le journalisme traditionnel et les contenus que les Canadiens, en particulier les jeunes, considèrent désormais comme des nouvelles. Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que l’exposition répétée à un type de contenu influence la perception de sa véracité, à l’exception du contenu généré par l’intelligence artificielle, que la majorité des Canadiens ne reconnaissent pas comme des nouvelles.

Les fils d’actualité des Canadiens sur les réseaux sociaux ne correspondent pas à leurs préférences pour le contenu politique et d’actualité. Les contenus générés par l’IA et les publications d’utilisateurs inconnus apparaissent presque aussi fréquemment que ceux des médias traditionnels, pourtant 74 % et 60 % des Canadiens souhaitent en voir moins, respectivement. Lorsqu’ils ont besoin d’informations précises et rapides, ils se tournent majoritairement vers les grands médias d’information, qui ont capté 88 % de l’engagement sur TikTok et 68 % sur YouTube pour 135 événements majeurs entre 2023 et 2025.

Le rapport suggère que ces changements pourraient avoir des implications significatives pour la démocratie, alors que les jeunes Canadiens se tournent de plus en plus vers des influenceurs et des vidéos courtes pour s’informer sur la politique et l’actualité, souvent sans en avoir conscience.

Source : La Presse Canadienne

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