Rania Kissi : abandonnée, à la rue, bientôt avocate
À l’âge de dix ans, Rania Kissi quitte clandestinement le Maroc avec son père, espérant une vie meilleure en France. Cependant, elle se heurte rapidement à la réalité des violences, de l’abandon et des placements successifs, se retrouvant à 18 ans à la rue. Malgré ces épreuves, elle refuse de renoncer à son rêve de devenir avocate. Aujourd’hui, en tant que juriste et militante, elle se bat pour défendre les droits des enfants placés sous l’Aide sociale à l’enfance.
Rania Kissi arrive en France cachée dans une voiture, croyant enfin pouvoir accéder à l’éducation. Mais son rêve s’effondre rapidement : elle est privée de scolarité, exploitée comme domestique et victime de violences. Abandonnée dans le bureau d’une assistante sociale, elle déclare : « Il me regarde et dit à l’assistante sociale : « Tenez, c’est de ça dont je vous parle. » Le « ça », c’était moi. » Ce moment marque un tournant dans sa vie, lui permettant de sortir d’une situation dangereuse.
À sa majorité, la situation de Rania change à nouveau. Après avoir contesté son orientation scolaire, elle est contrainte de quitter l’Aide sociale à l’enfance et se retrouve sans logement, dormant sous un pont avant de trouver refuge à l’université. Elle se souvient de cette période comme d’une expérience marquée par la précarité et l’invisibilité. « Le plus difficile, ça a été d’être oubliée par les autres », confie-t-elle. Sa vie change lorsqu’un professeur la découvre dormant dans une salle de cours et lui tend la main, lui permettant de retourner dans le système de protection et de poursuivre ses études.
Aujourd’hui, Rania Kissi utilise son expérience pour plaider en faveur de réformes dans la protection de l’enfance. Elle a été auditionnée par la commission d’enquête sur ce sujet, où elle milite pour qu’un avocat soit désigné pour chaque enfant placé et pour un accompagnement vers l’autonomie. Elle affirme : « Aujourd’hui, le parent le plus défaillant, c’est l’État. » Sa détermination à changer les lois se fonde sur la conviction que son parcours ne doit pas être une exception, mais un appel à l’action pour tous les enfants en difficulté.
Source : RFI