Ralph Gibson : « J'ai beaucoup à voir, mais rien à dire » — Blind Magazine

Ralph Gibson : « J’ai beaucoup à voir, mais rien à dire »

Figure emblématique de la photographie américaine, Ralph Gibson a récemment partagé ses réflexions sur son parcours et son art. Lors d’un entretien, il a évoqué son expérience avec Robert Frank et son interprétation de The Americans, un ouvrage souvent considéré comme un portrait de l’Amérique. Gibson a également discuté de son éloignement de Magnum et de ses interactions avec d’autres photographes, comme Eddie Adams.

Gibson a passé trois mois chez Robert Frank, un temps qui lui a permis de développer une lecture unique de The Americans. Il a expliqué que Frank, issu d’un milieu bourgeois en Suisse, ressentait un profond mépris pour son pays d’origine, ce qui transparaît dans son œuvre. Selon Gibson, Frank se sentait plus vivant en côtoyant les marginaux qu’en séjournant dans des hôtels de luxe.

Dans les années 1970, Gibson a fondé sa propre maison d’édition, Lustrum Press, dans des circonstances difficiles. Il a conçu la maquette de son premier livre alors qu’il était en retard de neuf mois de loyer, et après avoir refusé les conditions d’un éditeur, il a décidé de publier son travail de manière autonome.

Gibson a également soutenu d’autres photographes tels que Larry Clark et Mary Ellen Mark, en leur offrant une liberté éditoriale totale. L’accueil critique de ses publications a été immédiat, marquant un tournant dans sa carrière.

En évoquant la photographie, Gibson la compare à une forme de foi, affirmant que son appareil photo est sa « boussole morale ». Il a souligné que sa passion pour la photographie n’a jamais faibli depuis ses dix-huit ans.

Concernant ses échecs, il a reconnu que ces expériences sont souvent les plus formatrices pour un artiste. Il a cité Ingmar Bergman, qui a découvert à cinquante ans le potentiel créatif de son ambivalence, un concept que Gibson a trouvé pertinent dans sa propre pratique.

Enfin, en se remémorant ses interactions avec Eddie Adams, auteur de la célèbre photo de l’exécution à Saïgon, Gibson a partagé une leçon importante sur la manière dont les images peuvent être interprétées et déformées, ce qui l’a conduit à quitter Magnum.

Ralph Gibson continue d’inspirer et de provoquer la réflexion sur le rôle de l’artiste et de la photographie dans la société contemporaine.

Source : Blind Magazine

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