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Le 29 mai dernier, le Bureau de gestion et du budget des États-Unis (OMB) a publié un document de 412 pages révisant les modalités d’attribution et de supervision des subventions fédérales. Ces modifications, qui avaient déjà été révisées en 2024 pour clarifier le processus, touchent à des domaines variés allant de la collaboration internationale aux coûts de publication académique. L’objectif principal est d’aligner l’octroi de subventions fédérales sur les « politiques et priorités de l’administration définies par le Président ». Cette annonce a immédiatement suscité des inquiétudes parmi les astronomes et les scientifiques planétaires, qui perçoivent de graves menaces pour la science si ces règles sont appliquées.
Meredith MacGregor, de l’Université Johns Hopkins, a déclaré que cette proposition « menace l’ensemble de l’entreprise spatiale », ajoutant que les changements proposés, bien que paraissant mineurs, pourraient « complètement perturber notre manière de faire de la science ». L’un des changements les plus significatifs concerne le rôle de l’évaluation par les pairs. En général, les subventions fédérales passent par plusieurs rondes de classement par des panels d’experts. Selon les nouvelles règles, le dernier mot sur les subventions serait donné à des fonctionnaires politiques, qui pourraient ne pas avoir de formation scientifique pertinente. Le document précise que « l’évaluation par les pairs reste consultative et ne remplace pas la discrétion de l’agence ». Ce concept, bien que non nouveau, a été rarement invoqué dans le passé.
Yvette Cendes, de l’Université de l’Oregon, a souligné que « l’idée que nous puissions passer par ce processus rigoureux [de subvention] et que des raisons politiques déterminent où va l’argent, plutôt que ce qui est la meilleure science, nuit à la science dans son ensemble ». De plus, les nouveaux règlements permettraient à ces mêmes fonctionnaires d’annuler des subventions déjà attribuées sur des sujets qui ne s’alignent pas sur les « objectifs du programme, les priorités de l’agence fédérale ou l’intérêt national ».
Ce changement a été perçu comme une réponse aux pertes judiciaires que l’administration a subies concernant des annulations de subventions sans procédures appropriées. Bien que des sujets de diversité, d’équité et d’inclusion soient explicitement visés, le langage est suffisamment vague pour susciter des inquiétudes au sein de la communauté astronomique. Cendes a rappelé les annulations de subventions de 2025 par le désormais disparu Département de l’Efficacité gouvernementale, où il semblait que des recherches par mots-clés avaient été effectuées.
Elle s’inquiète des conséquences potentielles sur les chercheurs les plus vulnérables, notamment les étudiants diplômés et les chercheurs postdoctoraux. Dans le domaine de l’astronomie, l’infrastructure des télescopes est souvent partagée entre partenaires internationaux, rendant la majorité du financement des subventions essentiel pour couvrir les salaires.
Une autre préoccupation majeure est le langage encourageant un cadre « national d’abord », où les éléments internationaux ne pourraient être inclus que si l’agence fédérale détermine qu’ils sont justifiés et cohérents avec les objectifs du programme. La collaboration internationale est un pilier de l’astronomie et de la science planétaire, tant pour des raisons physiques que sociales. Si la collaboration internationale devait être dévalorisée dans le financement, de nombreux projets astronomiques pourraient devenir impossibles, selon Michael Busch du SETI Institute.
Les nouvelles règles de l’OMB ne sont pas encore en vigueur. Elles devraient entrer en application le 1er octobre 2026. Un délai de 45 jours est ouvert jusqu’au 13 juillet pour que les scientifiques, les organisations de défense et le public puissent exprimer leurs opinions sur ces changements. Dans la première semaine, plus de 6 300 commentaires ont été soumis. L’OMB est tenu de répondre à chaque commentaire, bien que la forme de cette réponse reste incertaine.
Les propositions de l’OMB sont perçues comme « assez graves pour quiconque se soucie de la science américaine ou de la science en général », selon Cendes.
