Le Procès de Christiane Jatahy et Wagner Moura : l’épilogue d’Un ennemi du peuple ?
Christiane Jatahy et Wagner Moura ont revisité Un ennemi du peuple d’Ibsen, en lui donnant une suite faussement judiciaire. À travers une pièce participative, des spectateurs de Salvador de Bahia, de Rio de Janeiro, d’Avignon, ainsi que du Holland Festival et d’Édimbourg, décident du sort du docteur Stockmann, permettant ainsi d’explorer les rapports de force entre minorité et majorité en démocratie.
L’autrice et metteuse en scène Christiane Jatahy, déjà familière du Festival d’Avignon, a présenté sa dernière pièce, créée à Salvador de Bahia, en collaboration avec le comédien Wagner Moura et le scénariste Lucas Paraizo. Cette œuvre revisite la pièce la plus connue d’Ibsen, qui, bien que créée en 1883, demeure d’une modernité désarmante.
La pièce d’Ibsen traite d’un scandale écologique et sanitaire, soulevant des questions sur les relations entre le pouvoir politique et les intérêts économiques. Le docteur Thomas Stockmann découvre que les eaux de la station thermale où il travaille sont contaminées. Malgré son intention d’informer la population, il se heurte à l’opposition de son frère, Peter, préfet de la ville, qui craint les répercussions économiques d’une telle révélation.
Dans Un procès après l’ennemi du peuple, les deux frères, devenus ennemis, sont de retour. La fille de Thomas, Petra, prend le rôle principal, défendant son père, tandis que les autres membres de la famille n’apparaissent qu’en vidéo, dans des rôles de traîtres ou d’enfants manipulés.
Le terme « procès » dans cette pièce est à prendre dans un sens figuré, sans véritable procédure judiciaire. Chaque soir, 11 spectateurs sont tirés au sort pour former un jury, encadré par un coordinateur du jury, et non par un comédien jouant un magistrat. Jatahy envisage ce jury comme un « tribunal de justice » et un « tribunal public », soulevant des questions sur la démocratie et la vérité.
La pièce se concentre sur le dilemme démocratique, évoquant la « tyrannie de la majorité » décrite par Tocqueville. La confrontation entre la vérité et les multiples versions des faits est mise en avant, tout comme les manipulations qui peuvent s’opérer au sein des régimes démocratiques.
Deux épilogues sont prévus en fonction du verdict du jury de spectateurs, qu’il s’agisse d’un acquittement ou d’une condamnation. Lors d’une représentation à Avignon, un vote en faveur de la condamnation a surpris Wagner Moura, qui a improvisé une réaction.
Le spectacle Un Procès a été présenté jusqu’au 22 juillet 2026 au gymnase du lycée Aubanel, dans le cadre du Festival d’Avignon, avant une tournée prévue dans les festivals d’Athènes, de Barcelone et d’Édimbourg en juillet/août 2026.
Source : Actu Juridique

