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Mon frère est un pédophile : sept ans de procédure judiciaire et la difficile reconstruction après l’inceste

Publié le 05/07/2026 à 06h00
Temps de lecture : 3 min

Deux femmes ont accepté de témoigner de leur long parcours après avoir dénoncé un membre de leur famille pour des actes pédocriminels et incestueux. Sept ans de procédure judiciaire, et un combat « qui n’est pas fini ».

« Tonton, il m’a léché tout partout« , les mots de son fils de 3 ans résonnent encore dans la tête de Magalie*. Sept ans après avoir porté plainte, la famille attend toujours une date pour le procès de celui dénoncé par le petit garçon.

« Quand j’ai su qu’il y avait d’autres victimes, j’ai su que je devais parler« . Pendant plusieurs années, Sandrine* ressent un profond dégoût pour son propre frère, sans vraiment savoir pourquoi. Sa mémoire la protège alors des abus qu’elle dénoncera plus tard.

Des flashs lui permettent de comprendre, mais surtout les plaintes d’autres victimes. « Mon frère est un pédophile » lâche-t-elle. Lorsqu’elle en parle à ses parents, elle se retrouve face à un mur, « ils ont considéré que c’était une histoire d’adolescents« . Les faits qu’elle dénonce ont lieu dans son enfance. Elle décide de couper les ponts pour sa santé : « Faire le deuil de ses propres parents, alors qu’ils ne sont pas morts, c’est très difficile« , explique Sandrine.

L’homme est condamné une première fois pour des faits sexuels sur son ancienne belle-fille dans les années 2010. Longtemps, l’omerta demeure dans la famille. Personne ne sait que l’incarcération de deux ans est liée à des faits sexuels. Pour Magalie et Sandrine, c’est l’incompréhension.

Si l’homme reconnaît des agressions sexuelles, il n’admet pas les viols que relate sa sœur. Il est ainsi jugé une première fois devant un juge pour enfants, étant mineur à l’époque des faits. « Les conséquences sur moi ? Ça m’a détruite tout simplement. J’ai 34 ans et je ne suis toujours pas capable de faire confiance à un homme« , explique-t-elle. Les faits ont été requalifiés en agressions sexuelles par le parquet compétent et renvoyés devant un juge pour enfant.

Ce n’est que deux semaines avant l’audience que la trentenaire reçoit une convocation. Des années de silence, sept ans de procédure en tout, et à peine quinze jours pour se préparer à l’échéance. Une nouvelle épreuve.

Pourtant, une fois le procès passé, Sandrine est soulagée : « j’ai l’impression d’avoir été entendue« . Face à elle, elle trouve des juges lucides : « ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas juger des viols parce qu’ils n’étaient pas saisis de cela, mais qu’ils me croyaient, et ça, ça fait du bien« .

Après ces longues années de procédures, plus de tristesse dans sa voix, mais beaucoup de colère. « Tant que des parents comme les miens protégeront les pédocriminels, on ne pourra pas avancer. Eux vont partir, j’espère que les prochaines générations de parents écouteront leurs enfants« .

Magalie, elle, a cru le sien. « Au début c’était difficile, parce que ce n’était pas imaginable pour moi qu’il s’en soit pris à un enfant si jeune« . Après la plainte et les dénonciations, elle sait aujourd’hui que ses enfants sont en sécurité, mais elle s’inquiète pour les autres : « s’il devait y avoir une nouvelle victime, je ne m’en remettrai pas« .

Le meurtre de Lyhanna a ravivé des inquiétudes. Magalie a décidé de contacter une association de lutte contre les meurtres d’enfants : « ça ne peut plus durer, il faut faire quelque chose« , affirme-t-elle. La jeune fille de 11 ans a été tuée par un homme déjà dénoncé pour d’autres faits sexuels à l’encontre d’autres petites filles, mais jamais entendu dans le cadre d’une procédure judiciaire. « On a l’impression de se battre contre un mur« , estime Magalie, sept ans après la plainte. Elle détaille les jours à espérer une réponse de mail, les années pour accompagner son fils. « Depuis 2019, les choses ont évolué globalement, mais dans notre cas, on a l’impression que le dossier a été mis en dessous d’une pile et oublié là« .

Malgré une interdiction de contact avec les différents plaignants, l’homme réside à quelques centaines de mètres d’eux, en Indre-et-Loire.

Les prénoms ont été modifiés pour conserver l’anonymat des personnes qui ont accepté de témoigner.

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