Prix du carburant : Le sort de Transat entre les mains d’Ottawa ?
Un autre moment charnière pointe à l’horizon chez Transat A.T. Sans un nouveau coup de pouce financier d’Ottawa pour l’aider à faire face à la flambée persistante des prix du carburant d’aéronef, les inquiétudes sur sa survie risquent de réapparaître.
Le spécialiste du voyage d’agrément discute avec le gouvernement Carney en vue d’« une aide supplémentaire ». À peine deux mois après sa mise en place, le programme fédéral annoncé en juin dernier pour aider les transporteurs à encaisser la secousse énergétique – on peut emprunter jusqu’à 150 millions – s’avère déjà insuffisant pour la compagnie à l’étoile bleue.
On devrait avoir une idée des besoins de la société mère d’Air Transat le 10 septembre prochain, lorsqu’elle présentera ses résultats du troisième trimestre. Pour certains analystes et observateurs qui suivent les activités du spécialiste du voyage d’agrément, celui-ci ne peut se permettre d’essuyer un refus d’Ottawa pour traverser cette nouvelle période de turbulences.
Anshul Aggarwal, de Marchés mondiaux CIBC, indique que si le gouvernement canadien venait à supprimer ou réduire son soutien financier à Transat à court ou moyen terme, la compagnie pourrait être confrontée à un risque lié à la continuité de ses activités. En d’autres termes, le transporteur aérien et voyagiste, dont les actions sont cotées à la Bourse de Toronto, pourrait être contraint de prévenir les investisseurs que sa pérennité financière est menacée. Cela ne signifie pas qu’une situation d’insolvabilité est imminente, mais cela indique que les choses ne tournent pas rond.
Un précédent avait eu lieu à l’automne 2020, pendant la pandémie de COVID-19, lorsque l’entreprise avait admis qu’il existait des doutes quant à sa survie en cas d’échec de son mariage avec Air Canada et si elle ne parvenait pas à obtenir de financement.
Malgré la transaction avortée, le spécialiste du voyage d’agrément avait obtenu des prêts d’urgence d’Ottawa au printemps 2021 pour traverser la crise sanitaire. Cependant, un avertissement avait réapparu en juin dernier, lorsque l’entreprise avait indiqué que l’« hypothèse » sur sa « continuité d’exploitation » avait nécessité « un jugement significatif ». Cela souligne une détérioration potentielle de sa situation financière.
John Gradek, expert en aviation et chargé de cours à l’Université McGill, estime que Transat a besoin de 100 millions supplémentaires pour l’aider à éponger les suppléments en carburant. La situation s’est détériorée pendant l’été, avec une consommation accrue de carburant due à une augmentation des opérations aériennes.
Dans l’industrie aérienne, le carburant représente l’une des principales dépenses. La guerre en Iran, qui a provoqué une paralysie du détroit d’Ormuz depuis le 28 février dernier, a fait bondir les prix. Selon l’indice Platts de S&P Global, le prix du galon est actuellement de 3,71 $ US, en hausse de 82 % depuis le début de l’année. Chez Transat, cela s’est traduit par des coûts supplémentaires de 175 millions depuis le début de la crise énergétique, dont 105 millions pendant les mois de mai, juin et juillet.
Le spécialiste du voyage d’agrément avait déjà signalé son intention d’emprunter 150 millions à Ottawa dans le cadre de l’aide offerte à l’industrie. Ce montant, cependant, est déjà jugé insuffisant. Sur le marché nord-américain, les bénéfices des grands transporteurs devraient être amputés de 3 milliards cette année, selon les prévisions de l’Association du transport aérien international.
Transat a une marge de manœuvre plus étroite que certains de ses rivaux, avec une dette à long terme qui s’élevait à 320 millions au 30 avril dernier. De la manière dont vont les choses, ce fardeau financier risque de s’alourdir.
Transat en bref :
- Fondation : 1987
- Siège social : Montréal
- Effectif global : 5000 personnes
- Flotte : 41 appareils
- Valeur boursière : 95 millions
Source : Marchés mondiaux CIBC, S&P Global, Association du transport aérien international.
