Présidentielle 2027 : Ce que les candidats ont réellement compris de la puissance technologique
À La REF, grande messe annuelle du MEDEF, l’intelligence artificielle et l’innovation n’ont pas bénéficié d’une séquence dédiée lors du débat réunissant sept candidats à la présidentielle de 2027. Ces thèmes ont pourtant traversé presque tous les sujets discutés : salaires, dette, industrie, énergie, commande publique et souveraineté. Si le vocabulaire est désormais partagé, les doctrines qu’il recouvre le sont beaucoup moins. Les candidats ont abordé des technologies différentes et ont des conceptions variées de la puissance.
Il a fallu attendre une heure et quarante-cinq minutes de débat pour que Gabriel Attal formule le paradoxe de la soirée : « Je trouve qu’on ne parle pas suffisamment d’innovation, d’intelligence artificielle dans ce débat », a-t-il regretté, après avoir lié la progression des salaires à « l’innovation et la productivité ».
La technologie était déjà omniprésente. Raphaël Glucksmann a décrit une France transformée en « colonie numérique » par les géants américains. Bruno Retailleau a associé l’intelligence artificielle à la réduction du nombre de fonctionnaires. Marine Le Pen a défendu la robotisation et la numérisation des entreprises, tandis que Jean-Luc Mélenchon a évoqué une « IA française », l’ordinateur quantique et l’avion spatial. Marine Tondelier a articulé recherche publique, matériaux bas carbone et commande publique. Édouard Philippe a parlé de formation, d’infrastructures et de financement européen.
L’innovation n’a donc pas été oubliée, mais elle a été dissoute dans d’autres sujets. Ce premier débat de la présidentielle 2027 est intéressant moins par les promesses technologiques formulées que par la fonction attribuée à la technologie dans chaque doctrine économique. Tous les candidats semblent avoir compris qu’elle peut déterminer la croissance, la capacité industrielle et une partie de la souveraineté, mais chacun l’intègre dans un projet déjà constitué.
Gabriel Attal : La technologie comme moteur de productivité
Gabriel Attal place la technologie au cœur de l’équation de la croissance. Il évoque une course contre la montre : « Pendant les deux heures de ce débat, les géants du numérique américain auront investi 100 millions de dollars dans la recherche en IA. On doit être au rendez-vous. » Selon Goldman Sachs, les investissements mondiaux liés à l’IA pourraient dépasser 1 000 milliards de dollars en 2026, dont environ 580 milliards aux États-Unis.
Attal prolonge son raisonnement sur les salaires, affirmant que « ce qui fait la progression durable des salaires dans une économie, c’est l’innovation et la productivité ». Il avance un calcul selon lequel si la productivité française avait suivi la trajectoire américaine depuis 2000, le salaire médian serait passé de 2 200 à 3 300 euros nets par mois. Bien que ce chiffre soit un contrefactuel de campagne, il révèle sa perception de la technologie comme condition d’une hausse durable du niveau de vie.
Raphaël Glucksmann : Le langage de la puissance
Raphaël Glucksmann aborde la technologie sous l’angle de la dépendance. Il appelle à « affronter les géants de la tech américaine » et fait de la révolution technologique un axe central de son « contrat patriotique ». Il insiste sur la nécessité d’un projet à l’échelle européenne, proposant un « projet Manhattan sur l’IA ».
Il relie innovation, politique industrielle et demande à travers une loi « Acheter européen » et l’utilisation des 2 000 milliards d’euros de commandes publiques européennes. La commande publique représente environ 14 % du PIB de l’Union européenne, ce qui en fait un instrument de construction du marché.
Jean-Luc Mélenchon : Objectifs assignés à la technologie
Jean-Luc Mélenchon se concentre sur l’orientation de l’innovation. Il demande : « Quels sont les objectifs qu’on se donne ? » Il évoque des secteurs spécifiques comme le textile et les énergies marines, et considère la technologie comme un produit d’une planification nationale. Il souligne également les risques financiers, évoquant la possibilité d’une crise liée à une « bulle numérique ».
Marine Tondelier : Innovation et transformation écologique
Marine Tondelier met l’accent sur la transformation écologique de l’industrie. Elle propose de mobiliser la commande publique européenne, estimée à 2 000 milliards d’euros, à travers des quotas de matériaux bas carbone. Elle relie l’offre technologique à son premier marché, soulignant que l’innovation ne change d’échelle que si quelqu’un l’achète.
Marine Le Pen : Diffusion des technologies
Marine Le Pen se concentre sur la diffusion des technologies existantes dans le tissu productif. Elle propose un mécanisme de suramortissement pour les machines-outils, la robotisation et la numérisation, visant à combler le retard d’équipement des entreprises françaises.
Édouard Philippe : Conditions générales pour l’investissement
Édouard Philippe décrit les conditions nécessaires à l’investissement : stabilité des règles, formation, infrastructures et financement. Il défend l’union des marchés de capitaux pour financer plus facilement les entreprises en France et en Europe, tout en soulignant les défis de la concurrence chinoise.
Conclusion
À l’issue du débat, une hiérarchie se dessine. Pour Gabriel Attal, la technologie est structurelle ; pour Raphaël Glucksmann, elle est essentielle à la souveraineté. Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier lui accordent une place stratégique, tandis que Marine Le Pen l’utilise comme outil de modernisation. Bruno Retailleau l’intègre à un projet de réduction de l’État, tandis qu’Édouard Philippe se concentre sur les conditions générales dans lesquelles elle pourrait prospérer.
Ce débat marque un changement par rapport aux précédentes élections présidentielles, où la technologie n’était souvent qu’un supplément dans les programmes.
Source : La REF, MEDEF

