« Poutine contre 1648 » (Michel Santi)

Poutine contre 1648 : La résurgence de l’impérialisme en Europe

La paix de Westphalie, signée en 1648, a établi des principes de souveraineté nationale en Europe, mettant fin à la prétention des empires à effacer leurs voisins. Aujourd’hui, l’invasion russe de l’Ukraine remet en question cette grammaire historique.

L’armée russe, engagée dans une « opération spéciale » initialement prévue pour durer trois jours, s’enlise désormais après quatre ans de conflit. Selon l’OTAN, jusqu’à 25 000 soldats russes perdent la vie chaque mois. Les infrastructures en Ukraine sont dévastées, avec des raffineries incendiées jusqu’au Tatarstan et des ponts coupés en Crimée, illustrant l’état précaire de l’armée russe.

La guerre de Trente Ans, qui a ravagé l’Europe de 1618 à 1648, sert de parallèle à la situation actuelle. Bien que l’arme nucléaire empêche un décalque direct, les logiques de pouvoir et de domination restent inchangées.

Westphalie ou la fin des empires

La paix de Westphalie ne représente pas simplement un accord, mais un tournant majeur pour l’Europe. Elle a forgé une nouvelle grammaire politique où chaque État est maître chez lui, et où les frontières ne peuvent être redessinées selon l’appétit du plus fort. Ce traité a mis fin au rêve d’un empire unifié sous le contrôle de Ferdinand II de Habsbourg, qui souhaitait soumettre les peuples à Vienne.

En 1648, chaque État a reçu le droit de se gouverner seul, marquant ainsi la défaite des ambitions impériales. Les empires, qui avaient tenté d’absorber les nations, ont dû faire face à la résurgence des souverainetés.

Le déni impérial

Depuis février 2022, la logique impérialiste de Poutine s’est réaffirmée. Il considère Russes et Ukrainiens comme un seul peuple, niant ainsi l’existence de l’Ukraine. Ce déni a été vigoureusement contesté par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a affirmé que si les deux nations étaient réellement unies, le drapeau ukrainien flotterait sur le Kremlin.

Le prix du temps long

La paix de Westphalie a été signée après des années de négociations infructueuses, alors que les combats continuaient. Cela rappelle que le silence des armes avant la capitulation de l’agresseur ne constitue pas une véritable paix, mais un simple répit. Le calcul de Poutine repose sur l’idée d’un cessez-le-feu qui lui permettrait de figer ses conquêtes.

L’histoire montre que les coûts des guerres sont souvent supportés par les civils, comme cela a été le cas en Allemagne au XVIIe siècle. Aujourd’hui, l’Ukraine, à travers ses villes dévastées comme Marioupol et Boutcha, continue de payer le prix de l’orgueil des empires.

La paix de Westphalie, qui a établi le principe selon lequel nul n’a le droit d’effacer son voisin, est plus pertinente que jamais. Quatre siècles plus tard, cette vérité est défendue dans le Donbass, alors que le monde observe avec une inquiétude croissante.

Source : Michel Santi, économiste.

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