De Poutine à Trump : le château de Versailles, un symbole de la diplomatie à la française

De Poutine à Trump : le château de Versailles, un symbole de la diplomatie à la française

Alors que le G7 s’achève à Évian, Donald Trump est attendu ce mercredi 17 juin dans la soirée au château de Versailles, un lieu qui répond au goût du président américain pour les décors fastueux. « Versailles, c’est pas du plaqué or, c’est du lourd », a d’ailleurs fanfaronné Donald Trump à la veille de l’événement.

« Ce n’est pas un dîner de gala ou autre. Non, c’est un dîner pour célébrer les 250 ans de l’indépendance américaine, parce que la France y a joué un rôle », a plaidé Emmanuel Macron. C’est en effet là qu’a été signé, en 1783, le traité qui acte la création des États-Unis. « Ce sera notre moment de célébration de l’amitié » entre les deux pays, a ajouté le chef d’État.

Dès sa construction au XVIIe siècle, le château de Versailles a été pensé par la monarchie absolue comme un symbole de puissance. L’Empire continue d’y recevoir certains invités prestigieux, comme la reine Victoria en 1855. Après la défaite de 1870, le nouveau régime républicain, isolé face à une Europe encore dominée par les monarchies, reprend cette tradition, y accueillant le tsar Nicolas II en 1896 ou encore le roi George V en 1938, puis sa fille Élisabeth II en 1957.

Haut lieu de la diplomatie de bouche, le monument garde au fil des siècles son rôle d’image de marque, représentative de l’hospitalité à la française. Ces réceptions fastueuses ont un double objectif : honorer un invité mais aussi l’impressionner, dans le décor d’une royauté qui a rayonné sur toute l’Europe.

Modernisé par Charles de Gaulle

Aux débuts de la Ve République, le château de Versailles devient sous l’impulsion de Charles de Gaulle – qui y voit le symbole de la continuité de la puissance française – le lieu privilégié pour accueillir les hôtes étrangers de la présidence. Électrifications de la galerie des glaces, restauration complète du Grand Trianon… Le général est l’architecte de la modernisation du bâtiment. L’appartement destiné aux chefs d’État en visite et à leur conjoint est aménagé dans l’ancien appartement de l’Impératrice, dans l’aile gauche du Grand Trianon.

Les soirées de gala, qui durent souvent quatre heures, peuvent comprendre un repas réunissant plus d’une centaine de convives, un concert d’orgue, une représentation à l’opéra royale et une traversée des jardins. Y sont notamment reçus ainsi le roi des Belges, Baudoin Ier, puis le président américain John F. Kennedy en 1961.

En 1982, le sommet du G7 organisé par François Mitterrand marque l’apogée des dîners de la République dans le domaine. Interrogé sur ce choix, le président explique qu’il s’agit avant tout de « recevoir bien » des pays amis, « au nom du peuple français ». Selon lui, ce lieu de renommée internationale contribue au « rayonnement de la France ».

À ceux qui reprochent au château son manque d’esprit républicain, le chef d’État répond : « Mais le peuple de Paris est venu aussi à Versailles ! » en référence à un épisode révolutionnaire.

Emmanuel Macron renoue avec le faste de Versailles

Après les années 1980, les portes du château de Versailles se ferment progressivement aux grandes réceptions d’État, et le protocole se relâche. L’affluence croissante de touristes complique l’organisation de grands événements. En outre, l’opinion désapprouve de plus en plus ces dîners fastueux dans un lieu qu’il associe à l’Ancien Régime. La plupart des conférences et réunions diplomatiques se tiennent désormais dans les ambassades à Paris ou à l’Élysée.

Depuis les années 2000, le choix des rares nations reçues n’est pas anodin. La Chine, deuxième puissance économique mondiale, est invitée trois fois à Versailles, suivie de la Russie. Si en 2014, François Hollande reçoit Xi Jinping sans cérémonie excessive, Emmanuel Macron renoue avec le faste de Versailles.

En 2017, le chef de l’État y convie son homologue russe Vladimir Poutine. En 2022, il reçoit lors d’un dîner somptueux le président des Émirats arabes unis sous le péristyle du Grand Trianon, et organise dans le domaine le Sommet Choose France, rendez-vous annuel avec les investisseurs internationaux. L’année suivante, un dîner est donné pour le roi d’Angleterre Charles III, un choix symbolique pour marquer le réchauffement des relations avec le Royaume-Uni, sept ans après le Brexit.

Source : La Croix

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