Poulet industriel : la circulation de cette bactérie responsable de gastro-entérites explose, révèle une vaste étude

Poulet industriel : la circulation de la bactérie responsable de gastro-entérites explose, révèle une vaste étude

L’infection à Campylobacter est l’une des causes les plus fréquentes de gastro-entérites bactériennes chez l’humain. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « les maladies diarrhéiques sont les maladies les plus courantes causées par des aliments impropres à la consommation : 550 millions de personnes malades chaque année, dont 220 millions d’enfants âgés de moins de 5 ans. Campylobacter est l’une des quatre principales causes mondiales de maladies diarrhéiques. »

Transmise principalement par la consommation de viande de volaille contaminée, l’infection peut provoquer des diarrhées, des douleurs abdominales, des malaises, de la fièvre, des maux de tête, des nausées et des vomissements. Les symptômes apparaissent généralement 2 à 5 jours après avoir consommé de la viande contaminée et peuvent durer de 1 à 2 semaines. Bien que l’infection soit généralement bénigne, elle peut être mortelle dans de rares cas, notamment chez les personnes âgées, les immunodéprimées et les jeunes enfants, surtout dans les pays moins développés.

Une circulation de la bactérie multipliée par 100

Une étude de l’Ineos Oxford Institute for Antimicrobial Research de l’Université d’Oxford, publiée le 27 juillet dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, révèle que l’élevage industriel de volailles a multiplié par plus de 100 la circulation de la bactérie. Les chercheurs ont analysé près de 2 800 génomes bactériens, issus de poulets et d’oiseaux sauvages, provenant de 30 pays entre 1979 et 2024. Ils ont découvert que l’expansion mondiale massive de l’élevage de poulets a créé des conditions idéales pour la propagation de la bactérie, qui acquiert de nouvelles caractéristiques favorisant sa survie.

Depuis les années 1960, le nombre de poulets d’élevage a été multiplié par sept, atteignant environ 31 milliards d’individus, représentant aujourd’hui 70 % de la biomasse aviaire.

Des modifications génétiques ont permis à Campylobacter de s’adapter aux élevages de poulets. Les scientifiques ont identifié des gènes impliqués dans la résistance aux antimicrobiens, la tolérance au stress oxydatif, et l’acquisition de métaux tels que le zinc et le fer, qui permettent à la bactérie de se multiplier et de se défendre.

L’élevage intensif au cœur de l’évolution des bactéries

L’élevage industriel a créé l’un des plus vastes habitats pour animaux de la planète. Les chercheurs soulignent que les changements environnementaux induits par l’Homme favorisent la propagation de maladies infectieuses. Avec l’accroissement des populations de poulets, les bactéries, auparavant confinées aux oiseaux sauvages, ont eu plus d’occasions de pénétrer dans les élevages avicoles et de s’y propager.

L’étude suggère également que les élevages industriels pourraient permettre à Campylobacter de se multiplier, ainsi qu’à d’autres souches bactériennes provenant de sources multiples. Les chercheurs évoquent ainsi des « éponges à agents pathogènes ». Des modélisations mathématiques montrent que ces bactéries parviennent à se maintenir dans ces élevages industriels, alors qu’elles auraient probablement disparu dans des élevages à moindre échelle. Une précédente étude avait déjà indiqué que 80 % des infections humaines à Campylobacter dans l’Oxfordshire (Royaume-Uni) étaient liées à la viande de volaille, avec une grande partie de ces infections résistantes aux antibiotiques.

Comprendre comment les pratiques d’élevage influencent l’évolution bactérienne est essentiel pour réduire le fardeau des maladies d’origine alimentaire.

Source : Ineos Oxford Institute for Antimicrobial Research, OMS

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