Poterie : Saviez-vous que l’émail peut exposer aux métaux lourds ?
C’est le loisir créatif à la mode : depuis la pandémie de Covid-19, la céramique connaît un succès croissant. Cependant, cette pratique, qui semble naturelle — de la terre, de l’eau, un four — n’est pas sans risques pour la santé, selon certaines professionnelles. En particulier, l’émaillage, qui apporte la touche finale aux pièces en terre, soulève des inquiétudes.
Les cafés-céramiques, ces établissements tendance qui accueillent des groupes pour des événements variés, permettent aux clients de peindre des pièces en argile déjà précuites avec des émaux. Ces revêtements, qui peuvent être mats ou brillants, sont obtenus après cuisson d’une préparation minérale. Les clients, tout en consommant des boissons et des collations, peuvent ignorer les dangers potentiels. Ornella, ancienne employée de ces cafés, témoigne : « On présente l’activité comme si c’était de la gouache sur céramique. » Elle souligne que des femmes enceintes et des enfants figurent parmi les clients.
Certains émaux contiennent des métaux lourds tels que le plomb, l’arsenic, le cadmium, l’aluminium, le chrome, le baryum, le nickel et le cobalt. Ces composants, utilisés pour colorer et fluidifier les émaux, peuvent être dangereux pour la santé. Les experts alertent que les cafés-céramiques ne représentent qu’une partie d’un problème plus vaste qui touche l’ensemble de la profession.
Vigies de la poterie
Le secteur est conscient des risques liés à l’exposition à la silice, qui peut causer des maladies respiratoires. Cependant, la dangerosité de l’émaillage est souvent minimisée. Joëlle Swanet, céramiste et formatrice, a pris conscience des dangers il y a plus de vingt ans grâce à son mari, ingénieur chimiste. Elle lance l’alerte depuis, déclarant : « On ingère déjà des produits toxiques présents dans l’air, la nourriture et l’environnement en général. Autant ne pas en rajouter ! »
Marie-Hélène Testu, fondatrice de l’atelier-boutique Terre Ocre à Paris, a constaté les risques en voyant des proches tomber malades, notamment de cancers. Elle souligne que les professionnels peuvent inhaler des composants toxiques lors de la manipulation des poudres d’émaux ou des fumées dégagées lors de la cuisson.
Le problème réside également dans le fait qu’aujourd’hui, n’importe qui peut se déclarer céramiste sans formation scientifique. Amélie Touvet, ingénieure-potière, note qu’il n’existe pas d’études épidémiologiques spécifiques à la céramique, bien que des recherches dans des domaines connexes aient mis en évidence des risques accrus de cancers et de maladies respiratoires.
Initiatives individuelles
Des céramistes, comme Sarah Papon, fondatrice de la Manufacture Sauvage à Paris, prennent des mes pour protéger leurs élèves. Dans son atelier, l’utilisation de gants et de masques est obligatoire, et un système de filtration de l’air a été installé. Guillaume Biasini, fondateur de l’atelier BIA à Bordeaux, réalise lui-même l’émaillage des pièces de ses élèves débutants pour s’asr que tout est fait correctement.
Cependant, ces initiatives restent individuelles et ne constituent pas un plan global de protection de la santé. Joëlle Swanet met en garde contre les émaux étiquetés « non toxiques », soulignant que les fiches de sécurité peuvent être trompeuses.
Un autre danger est la migration d’éléments toxiques, qui peut se produire avec des objets à usage alimentaire. Amélie Touvet rappelle que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) effectue des contrôles, mais tous les ateliers ne respectent pas les normes en raison des coûts élevés des tests.
Une réglementation datée
Les règles de la DGCCRF ne s’appliquent pas aux ateliers accueillant des élèves, et les seuils de migration admis sont jugés trop élevés. Joëlle Swanet souligne que la réglementation européenne, fixée en 1984, ne concerne que le plomb et le cadmium, alors que des recommandations plus strictes existent.
Les experts insistent sur la nécessité pour les céramistes de comprendre les bases de la chimie pour garantir la sécurité des produits. Marie-Hélène Testu collabore avec l’hôpital Lariboisière pour élaborer une fiche de prévention sur les risques d’intoxication.
La démocratisation de la céramique ne doit pas se faire au détriment de la sécurité. Les céramistes appellent à des pratiques éthiques pour éviter que la céramique rime avec toxique.
Source : Reporterre
