Plages propres : quand accessibilité rime avec écologie

Certaines plages disposent de doubles certifications et peuvent être considérées comme accessibles tout en respectant des exigences environnementales. Mais certains équipements, notamment ceux en plastique, continuent de soulever des interrogations.

« Nous devons permettre à tous de profiter des plaisirs de la plage et de la baignade », défend Marie Fualdes, responsable du service autonomie et adaptation du cadre de vie à la ville d’Antibes (Alpes-Maritimes). La commune dispose depuis plusieurs années du label Handiplage de niveau 4 pour la plage de la Salis, le niveau d’exigence le plus élevé proposé par l’association décernant cet agrément (Handiplage fête ses 25 ans : 121 plages labellisées!). Dans un contexte environnemental préoccupant, marqué notamment par la multiplication des vagues de chaleur, concilier préservation des milieux naturels et accessibilité des plages est devenu un enjeu incontournable.

L’accessibilité pour le label Pavillon Bleu

C’est justement cette ambition que souhaite promouvoir Teragir à travers le label Pavillon Bleu. L’association attribue chaque année cette certification aux communes impliquées dans une démarche de tourisme durable. D’abord connu pour évaluer la propreté des plages et la qualité de l’eau, le label marque en 2026 une nouvelle étape en matière d’inclusion. « L’accessibilité a fait partie de nos critères assez tôt, appuie Ghislain Fenouil, responsable national du Pavillon Bleu, au moins une plage de la commune devait être accessible au niveau du stationnement et de l’accès aux équipements ». La nouveauté cette année : la ville doit maintenant proposer un parcours visiteur de la place de parking PMR jusqu’à la mise à l’eau. « C’était un critère recommandé avant d’être devenu un impératif », précise le responsable de l’association.

Double label pour 47 plages

Cette nouvelle exigence n’a pas constitué un obstacle pour certaines communes déjà engagées dans une démarche environnementale et avancées dans l’accueil des personnes handicapées. À Antibes, la plage de Salis cumule ainsi les labels Pavillon Bleu et Handiplage. Preuve que les enjeux humains et écologiques peuvent s’entremêler. « Nos services vont bien au-delà des exigences d’accessibilité demandées par Pavillon Bleu », se réjouit Marie Fualdes. En plus d’une rampe d’accès piétonne, d’un tapis et de matériel permettant la mise à l’eau (hippocampes, tiralos), Antibes dispose de vestiaires et de toilettes PMR, de sauveteurs en mer formés comme « handiplagistes », et même d’un système « d’audio plage ». La mise à disposition de ce système de guidage pour les personnes aveugles ou malvoyantes constitue le dernier critère nécessaire à l’obtention du niveau 4 du label Handiplage.

En 2026, plus de 160 plages disposeront du label Handiplage (existant depuis 2000) et 384 du Pavillon Bleu. En 2025, selon l’association Teragir, 47 d’entre elles avaient obtenu les deux sésames. Si on ramène ce chiffre aux 2 600 plages recensées à travers la France, celui-ci peut sembler faible.

Le « moins d’aménagements non naturels »

« Beaucoup de plages pourraient être rendues accessibles, estime Ramon Espi, président de l’association Handiplage, mais certaines ne peuvent pas l’être ». Il prend l’exemple de la largeur de celles des Landes, où l’accès nécessite de traverser une lagune : « Il faudrait des tapis d’accès à l’eau de trente ou quarante mètres. On comprend que cela ne soit pas toujours possible. Il ne faudrait pas non plus dégrader la dune avec une rampe ». Ghislain Fenouil indique également que cette contrainte naturelle est prise en compte dans l’attribution du label : « On ne va pas modifier le relief d’une falaise. Le but n’est pas d’artificialiser excessivement des espaces qui ne le sont pas. »

Réaliser des aménagements accessibles peut en effet avoir un impact sur les milieux naturels. « Nous échangeons régulièrement avec les services municipaux afin de sélectionner la plage la plus adaptée », explique Ramon Espi. Les plages de plain-pied sont généralement privilégiées. « Nous avons choisi la plage de la Petite chambre d’amour (Handiplage de niveau 3), témoigne Cédric Crouzille, conseiller municipal au littoral à Anglet (Pyrénées-Atlantiques). C’est celle qui nécessitait le moins d’aménagements non naturels. »

Des dispositifs d’accessibilité en plastique

La nature des équipements utilisés peut néanmoins poser question sur le plan environnemental, notamment en raison des matériaux employés. L’utilisation de matières plastiques peut contribuer à une pollution des écosystèmes. Le tapis d’accès à l’eau le plus couramment utilisé par les municipalités contient par exemple du polyester.

« Le nôtre est fabriqué avec des matériaux recyclés et il est compatible avec la loi Littoral, se défend de son côté Lisbeth Val Horne, adjointe aux finances, à l’économie et au tourisme à la ville de Bénodet (Finistère). Il est donc conforme aux normes environnementales. » La commune, disposant du double label Handiplage niveau 1 et Pavillon Bleu, a complètement réaménagé ses promenades, notamment avec des platelages en bois. Une solution toutefois moins pratique qu’un tapis, juge Margot Peltier, responsable marketing dans l’entreprise Accessrec, entreprise spécialisée dans les solutions d’accessibilité pour les loisirs. Elle avance ensuite un autre argument. Le tapis en polyester recyclé dure « entre sept et douze ans selon l’utilisation et la maintenance », tandis que d’autres solutions, comme la fibre de coco, ne tiennent qu’une saison.

Un futur critère de pollution du sable ?

Pour obtenir le label Pavillon Bleu cette année, ni Antibes, ni Anglet, ni Bénodet n’ont dû modifier leurs aménagements ou dispositifs d’accessibilité. « La plage est souvent un espace anthropisé (marqué par l’action humaine, ndlr), affirme Ghislain Fenouil. Nous partons du principe qu’aujourd’hui, la priorité est la mise en accessibilité. » Teragir souligne également que les équipements destinés aux personnes à mobilité réduite ne sont installés que pendant la période d’ouverture de la baignade surveillée. Le tapis de cheminement PMR est par exemple retiré la majeure partie de l’année. Le fauteuil de mise à l’eau est quant à lui rangé dans le poste de secours et « génère donc peu d’impact sur le milieu ». Mais cette question est bien au cœur d’une prochaine révision des critères Pavillon Bleu : Ghislain Fenouil, indique que l’association souhaite notamment intégrer la pollution du sable. La réflexion doit toutefois être globale, pointe-t-il : « On utilise bien des bouées en matière plastique ».

L’enjeu n’est pas de choisir entre écologie et accessibilité, mais de les concilier. L’équilibre entre préservation des milieux naturels et accessibilité des plages reste donc encore à trouver.

©Handiplage

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