Plafonnement des arrêts maladie : « C’est du bricolage », estime un économiste de la santé
À partir du 1er septembre, la durée d’un premier arrêt de travail ne pourra pas excéder un mois. Chaque prolongation sera limitée à deux mois, sauf exceptions. Cette me, votée dans le cadre du budget de la Sécurité sociale, vise à réduire les dépenses de l’Assurance maladie. En 2025, le coût total des arrêts de travail, incluant accidents et maladies chroniques, devrait approcher 18 milliards d’euros. Le nombre d’arrêts maladie a augmenté de 4 % en un an.
Frédéric Bizard, économiste de la santé et professeur à l’ESCP Business School, critique cette approche : « Ce n’est pas cette me qui va changer quoi que ce soit à l’évolution des arrêts de travail. » Il souligne que le gouvernement semble prudent et qu’il peine à évaluer l’impact économique de cette décision. Selon lui, demander aux médecins d’être plus vigilants n’est qu’une façade, car les 7 500 médecins-conseils de l’Assurance maladie sont déjà en charge de ce contrôle.
Bizard insiste sur le fait qu’il n’existe aucune preuve solide montrant que des arrêts de longue durée seraient injustifiés, en raison d’un manque d’études approfondies. Les causes profondes des arrêts maladie, selon lui, sont liées à une morbidité croissante, aux affections de longue durée, à la santé mentale et à des troubles musculosquelettiques.
Environ 14 millions de Français, dont quatre millions d’actifs, souffrent d’affections de longue durée, représentant 20 % de la population, contre seulement 5 % il y a 20 ans. Ce phénomène est accentué par le vieillissement de la population et une santé mentale dégradée, notamment chez les jeunes. Bizard critique également une vision simpliste qui attribuerait les arrêts maladie à des abus du système.
Il fait référence à la déclaration d’Édouard Philippe sur « l’open bar des arrêts de travail », soulignant l’importance de réformer le système de santé en intégrant la prévention et le maintien en bonne santé. Actuellement, la France est le seul pays qui n’a pas augmenté ses dépenses de prévention au cours de la dernière décennie, ce qui a des conséquences économiques significatives, estimées à près de 100 milliards d’euros en pertes de productivité.
Enfin, Bizard évoque des exemples internationaux, comme le Portugal, où l’auto-prescription pour les arrêts maladie de courte durée a donné de bons résultats. Il préconise une responsabilisation des patients, des médecins et des entreprises afin de structurer un système plus équitable et efficace.
Source : franceinfo

