Numérique. Après de multiples cyberattaques massives, le piratage du fisc est-il la fuite de trop ?

Le piratage du fisc : la fuite de trop ?

Le double piratage de l’administration fiscale française prend des allures de scandale d’État. Après la révélation de l’incident, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise. Un dépôt de plainte a été enregistré et une enquête judiciaire est en cours. Les services de Matignon ont indiqué qu’une notification a été adressée à la CNIL (Commission nationale informatique et libertés) et que les usagers concernés seront contactés individuellement à partir du 17 août, afin de les informer des données potentiellement exposées et des mes de vigilance à adopter.

La Direction générale des Finances publiques (DGFiP) a confirmé une intrusion dans ses systèmes, entraînant l’extraction de données fiscales touchant 678 000 particuliers et professionnels. Cette reconnaissance est intervenue deux mois après l’attaque, et au lendemain de la mise en vente des données sur un forum du dark web.

Les données se revendent facilement

Les informations compromises incluent identités, adresses, emails, numéros de téléphone, ainsi que des données fiscales, telles que les revenus fiscaux de référence et les taux d’imposition de milliers de contribuables. Le hacker a affirmé avoir accédé à une plateforme utilisée par les agents du fisc, publiant des captures d’écran sur les réseaux sociaux. Il a également revendiqué l’extraction de données cadastrales, contenant des informations sur deux millions de propriétaires.

Interrogé par le site spécialisé FrenchBreaches, le hacker a déclaré travailler en binôme, motivé par l’appât du gain. Sébastien Latombe, fondateur de FrenchBreaches, a qualifié cette fuite de « l’une des plus graves de ces derniers mois ».

Cyberattaques en série

Ce piratage s’inscrit dans une série de cyberattaques récentes. En février, une fuite massive avait ciblé le Fichier national des comptes bancaires (Ficoba). En mars, des données sur les détenteurs d’armes avaient été dérobées. En avril, l’agence France Titres a subi une attaque, exposant les données de plus de 11 millions de Français. France Travail a également connu plusieurs fuites, dont la plus significative a concerné 43 millions de demandeurs d’emploi en 2024. La semaine dernière, Santé publique France a confirmé une intrusion.

David Amiel, ministre de l’Action et des comptes publics, a reconnu que l’État a accumulé des « dettes techniques » pendant des décennies, appelant à une mise à jour rapide des doctrines de cybersécurité. Ce constat est corroboré par les failles exploitées par les cybercriminels pour pénétrer les systèmes de l’État.

La France lanterne rouge

Le 30 avril, un plan d’action a été annoncé, prévoyant une enveloppe de 200 millions d’euros pour la cybersécurité, avec l’obligation pour chaque ministère de consacrer 5 % de son budget à cette question. Cependant, cette crise arrive à un moment délicat pour le gouvernement, sur fond de polémique autour de la cen par le Conseil constitutionnel de la loi Miller.

La situation soulève des inquiétudes concernant la facturation électronique, obligatoire pour de nombreuses entreprises à partir du 1er septembre. Des experts en cybersécurité prévoient des conséquences graves, notant que la France est actuellement le deuxième pays le plus touché au monde par les fuites de données, juste derrière les États-Unis.

Source : Le Progrès.

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