Piratage d’un Boeing 737 : comment fonctionne l’implant à 100 dollars

Piratage d’un Boeing 737 : un implant à 100 dollars

Une équipe de l’Université de Californie à San Diego et de l’Oberlin College, dans l’Ohio, a conçu un implant capable de manipuler certains systèmes d’un Boeing 737, révèle une enquête de WIRED. Minuscule et peu coûteux, le dispositif nécessite néanmoins un accès physique à l’avion et une expertise considérable.

Le dispositif, qui est à peine plus grand qu’une pièce de monnaie, coûte moins de 100 dollars et pourrait tromper certains systèmes informatiques d’un Boeing 737. Selon le journaliste Andy Greenberg, l’implant développé par les chercheurs peut modifier le plan de vol utilisé par le pilote automatique. Il peut également falsifier certaines informations affichées dans le cockpit, telles que le poids de l’appareil ou la température extérieure, des données essentielles pour le décollage.

L’opération exigerait d’accéder à la baie électrique et électronique, appelée baie E&E, située sous le nez de l’appareil. Selon les chercheurs, sa trappe peut être ouverte depuis le sol en une quinzaine de secondes. L’implant doit ensuite être inséré dans un port de maintenance inutilisé, accessible à l’intérieur de cette baie. L’ensemble de l’opération pourrait être réalisée en moins d’une minute.

La technique, baptisée « Bus Driver », ne consiste pas à pirater un logiciel. L’implant se branche directement sur deux bus ARINC 429, des liaisons câblées qui transportent les messages entre l’ordinateur de gestion de vol et l’écran-clavier utilisé par les pilotes. Pour prendre le dessus, le dispositif injecte davantage de courant que l’équipement légitime, masquant certains messages et les remplaçant par ses propres instructions.

Conçu dans les années 1970, le protocole ARINC 429 ne vérifie pas l’identité de l’expéditeur. Si un message respecte le format électrique attendu, l’équipement qui le reçoit peut donc l’accepter sans savoir qu’il provient d’un implant malveillant.

Les conséquences potentielles de cette vulnérabilité sont sérieuses. Des informations incorrectes sur la masse ou la température peuvent fausser les calculs nécessaires au décollage. Une modification discrète du plan de vol pourrait également dévier progressivement l’avion de sa trajectoire.

Le prototype possède également une connexion Wi-Fi, qui pourrait théoriquement permettre de contrôler l’implant à distance après son installation, éventuellement via le réseau Internet de l’avion. Ce scénario n’a toutefois pas été démontré dans les mêmes conditions qu’une attaque complète en vol.

Bien que le prix de l’implant soit faible, il est le résultat de plus de dix ans de recherches. L’équipe a investi plusieurs dizaines de milliers de dollars pour construire un banc d’essai composé de véritables équipements de 737 acquis d’occasion. L’attaque a été démontrée dans un laboratoire de l’avionneur, mais jamais sur un appareil commercial en vol.

Les chercheurs gardent secrets l’emplacement du connecteur et plusieurs détails techniques pour éviter une reproduction facile de l’implant. Dans une déclaration à WIRED, Boeing a affirmé que les protections existantes limitent fortement « la faisabilité et le risque d’attaques réelles ». Toutefois, l’équipe recommande de supprimer ou de condamner le connecteur vulnérable et de mieux isoler les systèmes avioniques.

Source : WIRED

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