Pioneer 10 et 11 : le voyage sans fin de deux sondes perdues dans le vide cosmique

Lancées il y a plus d’un demi-siècle, les sondes Pioneer 10 et Pioneer 11 ont ouvert la voie à l’exploration du système solaire externe. Premiers engins humains à traverser la ceinture d’astéroïdes et à survoler Jupiter puis Saturne, elles emportent également un message destiné à d’éventuelles civilisations extraterrestres. Aujourd’hui silencieuses, elles poursuivent pourtant leur voyage dans l’espace interstellaire et continueront de dériver parmi les étoiles pendant des millions d’années.

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Lorsque la NASA est créée en 1958, les États-Unis tentent encore de rattraper leur retard sur l’Union soviétique. Le lancement du satellite soviétique Spoutnik en 1957 a provoqué un véritable choc à Washington et ouvert la course à l’espace.

C’est dans ce contexte qu’apparaissent les premières missions Pioneer. Dès 1958, plusieurs sondes sont lancées avec l’objectif d’étudier l’environnement spatial autour de la Terre et de tenter les premiers voyages vers la Lune. Les premiers essais connaissent de nombreux échecs, fréquents à cette époque pionnière de l’exploration spatiale. Mais ces missions permettent aux ingénieurs américains d’acquérir une expérience précieuse sur les lanceurs, les communications à longue distance et la navigation dans l’espace.

Au fil des années 1960, le programme Pioneer évolue. Les sondes Pioneer 6 à 9 sont envoyées en orbite autour du Soleil afin d’étudier le vent solaire, les champs magnétiques et les particules qui traversent le système solaire. Ces missions contribuent à mieux comprendre l’environnement spatial auquel devront faire face les futurs astronautes et engins d’exploration.

Lorsque la NASA prépare Pioneer 10 au début des années 1970, elle s’appuie déjà sur plus d’une décennie d’expérience accumulée grâce à ces premières sondes. Le programme est alors prêt à franchir une étape décisive : quitter les environs de la Terre et partir à la découverte des planètes géantes.

Dans les années 1970, l’exploration spatiale est en pleine effervescence. Les États-Unis viennent de réussir les missions Apollo et la NASA cherche déjà à repousser les frontières du possible. Une immense inconnue demeure alors : les planètes géantes du système solaire.

Les astronomes connaissent Jupiter et Saturne depuis des siècles, mais personne n’a encore envoyé de sonde dans ces régions lointaines. Les scientifiques ignorent même si un engin spatial peut traverser sans dommage la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter. C’est dans ce contexte qu’est lancée la mission Pioneer.

Les éclaireuses du système solaire

Le 2 mars 1972, Pioneer 10 quitte la Terre depuis la base de Cap Canaveral. Son objectif est ambitieux : devenir le premier engin spatial à atteindre Jupiter.

À l’époque, la mission est considérée comme risquée. Certains chercheurs craignent que la sonde soit endommagée par des collisions avec des particules ou des astéroïdes. Pourtant, Pioneer 10 franchit la ceinture d’astéroïdes sans difficulté et atteint Jupiter en décembre 1973.

Les images et les données qu’elle transmet révolutionnent la connaissance de la planète géante. Les scientifiques découvrent notamment l’intensité de son champ magnétique et les dangers représentés par ses ceintures de radiation.

Une année plus tard, en avril 1973, la NASA lance Pioneer 11. La sonde survole à son tour Jupiter avant de poursuivre sa route vers Saturne, qu’elle atteint en 1979. Elle devient ainsi le premier engin de l’histoire à observer de près la deuxième plus grande planète du système solaire.

Les informations recueillies par les deux sondes permettront de préparer les futures missions Voyager, lancées en 1977.

Une carte de visite

Les missions Pioneer sont également célèbres pour un objet singulier fixé sur leur structure : une plaque en aluminium recouverte d’or anodisé.

Conçue par les astronomes Carl Sagan et Frank Drake, avec la participation de l’artiste Linda Salzman Sagan, cette plaque constitue le premier message volontairement envoyé par l’humanité vers les étoiles.

On y trouve la représentation d’un homme et d’une femme, ainsi qu’un ensemble de symboles scientifiques destinés à indiquer l’origine de la sonde. Un schéma montre notamment la position du Soleil par rapport à quatorze pulsars, ces étoiles à neutrons émettant des signaux radio extrêmement réguliers. Une autre figure représente le système solaire et la trajectoire de la sonde.

L’objectif n’était pas de communiquer immédiatement avec une civilisation extraterrestre, mais plutôt de créer une sorte de bouteille à la mer cosmique, susceptible d’être découverte dans un futur extrêmement lointain.

Cette plaque inspirera quelques années plus tard le célèbre disque d’or embarqué à bord des sondes Voyager.

Les objets humains les plus éloignés de leur époque

Après leurs rencontres avec les géantes gazeuses, les deux sondes poursuivent leur route vers les confins du système solaire.

Pioneer 10 franchit l’orbite de Neptune en 1983 et devient le premier objet fabriqué par l’homme à s’aventurer dans une région dominée par l’espace interstellaire. Son dernier signal exploitable est reçu par la NASA en 2003.

Pioneer 11, quant à elle, cesse de communiquer en 1995 après plus de vingt ans de service.

Aujourd’hui, les deux sondes continuent leur voyage dans le silence du vide cosmique. Pioneer 10 se dirige approximativement vers l’étoile Aldébaran, dans la constellation du Taureau, qu’elle ne pourra toutefois approcher qu’au bout de plusieurs millions d’années. Pioneer 11 file dans une autre direction à travers la Voie lactée.

Un héritage qui dépasse la science

Les sondes Pioneer ont profondément transformé l’exploration spatiale. Elles ont démontré qu’il était possible d’explorer les régions les plus lointaines du système solaire et ont fourni des données essentielles sur Jupiter, Saturne et l’environnement spatial profond.

Mais leur héritage est également culturel et philosophique. Pour la première fois, l’humanité a tenté de laisser une trace de son existence dans le cosmos.

Plus de cinquante ans après leur lancement, les deux sondes poursuivent leur route à plusieurs milliards de kilomètres de la Terre. Elles ne transmettent plus aucun signal, mais continuent d’emporter avec elles ce témoignage silencieux de notre civilisation.

Bien après la disparition des océans, des continents et peut-être même de l’espèce humaine, Pioneer 10 et Pioneer 11 pourraient encore voyager parmi les étoiles. Une destinée vertigineuse pour ces modestes machines lancées au début des années 1970 avec l’ambition de découvrir l’inconnu.

Source : RFI

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