Pierre Guillaume : le vrai visage du Crabe-Tambour

Le vrai visage du Crabe-Tambour

Pierre Schoendoerffer, dans son roman Là-haut paru en 1981, évoque avec nostalgie le monde des disparus et l’Indochine, rappelant l’esprit qui l’animait lors de l’adaptation cinématographique de son précédent roman, Le Crabe-Tambour. Ce film retrace le destin d’un soldat français, le lieutenant Pierre Guillaume, alias Willsdorff, qui a connu une série d’aventures marquantes en Indochine.

Pierre Guillaume s’est distingué en sauvant plus d’un millier de Vietnamiens catholiques des griffes du Viêt-minh, malgré les réticences de l’état-major. Schoendoerffer le dépeint en uniforme, descendant le fleuve avec un cigarillo à la bouche et un chat noir sur l’épaule, qu’il appelle « ma conscience ».

Après l’armistice de 1954, Guillaume tente de rallier la France à bord d’une jonque, mais échoue sur les côtes somaliennes, où il est capturé par une tribu qui le considère bientôt comme un dieu vivant. C’est ainsi qu’émerge la légende du Crabe-Tambour, un surnom inventé par Schoendoerffer, amalgamant des souvenirs d’enfance et des habitudes de vie.

En fin 1956, de retour en France, il apprend la mort de son frère en Algérie et demande sa mutation pour prendre la tête de son commando. Il participe au putsch d’Alger et, après avoir été arrêté, écope de huit ans de prison, dont quatre à Tulle, aux côtés de figures militaires notables. À sa sortie, il continue à s’engager dans des conflits, notamment aux Comores et en Birmanie, illustrant ainsi une vie de batailles souvent perdues.

Le film Le Crabe-Tambour prend des libertés avec la réalité de Pierre Guillaume, notamment dans son dénouement. L’intrigue tourne autour des remords d’un officier de marine, joué par Jean Rochefort, qui cherche à retrouver Guillaume avant de mourir. Ce dernier, fidèle à ses convictions, démissionne de la Marine lors du putsch de 1961, mais son supérieur ne tient pas sa promesse de faire de même, soulignant la complexité des engagements militaires.

Le Crabe-Tambour symbolise la fin d’une époque, celle des « types bien » qui « avaient la manière », laissant derrière eux un héritage complexe et souvent tragique.

Source : Pierre Schoendoerffer, Là-haut, 1981.

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