Plainte collective contre X pour mise en danger de la vie d’autrui dans les Ardennes
Environ 400 habitants de six communes ardennaises, touchées par une contamination de l’eau potable aux PFAS, s’unissent pour déposer une plainte collective contre X pour mise en danger de la vie d’autrui. Ils espèrent que la justice éclairera des questions restées sans réponse, notamment l’impact de cette pollution durable sur la santé des populations, sur les productions agricoles et sur le coût de l’eau dans les années à venir.
Alain, habitant de Villy, un village de 191 habitants, souligne une préoccupation croissante : « Rien que dans la rue, il y a quatre cas de cancers de la thyroïde ». Cette concentration interroge, surtout que parmi ces cas, figure son épouse. Alain a rejoint le collectif PFAS dans l’espoir qu’une étude épidémiologique soit menée pour évaluer l’état de santé d’un territoire ayant consommé de l’eau contaminée pendant près de trente ans.
Depuis juillet 2025, la révélation par France 3 et Disclose d’une contamination aux PFAS de l’eau potable dans 17 communes des Ardennes et de la Meuse a mobilisé les habitants. Ils ont organisé des rencontres pour recenser ceux désireux de porter plainte. 150 foyers ont répondu favorablement et ont mandaté une avocate, identique à celle choisie par leurs municipalités.
Les communes de Blagny, Villy, Malandry, Linay, Haraucourt et La Ferté-sur-Chiers, ainsi que plusieurs autres dans la Meuse, font l’objet d’un arrêté interdisant la consommation d’eau du robinet. Au total, 3 000 habitants ne peuvent toujours pas boire l’eau du robinet.
L’objectif principal de cette plainte collective est d’établir les responsabilités et d’appliquer le principe de pollueur-payeur. Pendant près de trente ans, des boues d’épuration issues d’une papeterie de Stenay, désormais fermée, ont été épandues sur des terres aujourd’hui polluées. La question de la conformité réglementaire se pose.
Le préjudice le plus immédiat est financier. Les communes doivent fournir de l’eau potable à leurs administrés, soit 2 litres par jour et par habitant. À 0,12 centime le litre, la facture annuelle s’élève à 5 600 euros pour Malandry, un village de 80 habitants, et 18 000 euros pour Villy. La maire de Malandry dénonce une disparité de traitement, évoquant des mes prises à Mayotte pour une crise similaire.
Des solutions techniques doivent être mises en œuvre pour garantir une eau conforme aux normes. Une station de traitement à Vouziers a coûté 160 000 euros, financée par l’État et des agences publiques. À Haraucourt, une station similaire est en phase d’essai, mais les habitants s’interrogent sur le coût des remplacements de filtres.
Les communes attendent un rapport d’un cabinet d’études missionné pour proposer un plan d’actions, mais le processus est jugé trop lent. Les habitants espèrent un retour à une eau potable d’ici 2027.
En parallèle, des habitants ont pris l’initiative d’analyser leur sang, révélant des taux de PFAS supérieurs aux seuils de risque. Des questions demeurent quant à la sécurité des produits agricoles locaux et à l’impact sur la santé des habitants.
La situation actuelle a profondément modifié le quotidien des résidents, qui doivent désormais acheter de l’eau en bouteille. Le collectif PFAS espère que le procès à venir obligera les autorités à se pencher sur ces questions cruciales.
Source : France 3, Disclose
