Allaitement dans les lieux publics : une pétition demande la création d’un « délit d’entrave »
Allaiter dans un train, un parc ou un établissement public expose encore les mères à des remarques désobligeantes. Certaines affirment avoir été priées de se couvrir, de rejoindre les toilettes ou de s’éloigner pour ne pas « choquer » les autres usagers. Le collectif « J’ai faim, je mange » a récemment lancé une pétition nationale pour obtenir une meilleure protection de l’allaitement dans l’espace public.
Créé en 2021, ce collectif souhaite faire reconnaître explicitement le droit d’allaiter dans tous les établissements recevant du public : transports, restaurants, commerces, musées, bibliothèques, piscines ou parcs de loisirs. La pétition, publiée sur Change.org, demande surtout la création d’un « délit d’entrave à l’allaitement ». Ce délit permettrait de sanctionner ceux qui empêchent, intimident, discriminent ou humilient une personne qui nourrit son enfant au sein. Une campagne nationale d’information est également réclamée. Pour le collectif, il est crucial de rappeler que l’allaitement est un acte d’alimentation et de soin, souvent mal perçu à cause de la sexualisation de la poitrine féminine.
Ces dernières années, plusieurs incidents ont relancé le débat. En 2021, une mère a déclaré avoir été giflée à Bordeaux alors qu’elle allaitait dans une file d’attente. D’autres mères ont été invitées à interrompre leur allaitement ou à se déplacer dans des lieux comme Disneyland Paris, le musée du Louvre, ou des bibliothèques. Les établissements concernés ont généralement présenté leurs excuses et rappelé les consignes à leur personnel.
Concernant la législation, aucune loi n’interdit d’allaiter son enfant dans l’espace public. Cependant, aucun texte général ne reconnaît ce droit de manière explicite dans tous les lieux accueillant du public. Lorsqu’une femme est empêchée de nourrir son bébé, elle peut éventuellement invoquer une discrimination ou engager la responsabilité de l’établissement, mais il n’existe pas de sanction spécifique pour l’entrave à l’allaitement.
Le Code du travail encadre davantage la situation des salariées. Pendant l’année suivant la naissance, une mère peut disposer d’une heure par jour durant son temps de travail pour allaiter son enfant ou tirer son lait, généralement divisée en deux périodes de trente minutes.
Cette revendication n’est pas nouvelle. En 2021, l’ancienne députée Fiona Lazaar avait présenté une proposition de loi visant à protéger l’allaitement dans l’espace public, avec une amende de 1 500 euros pour ceux qui empêcheraient une mère de nourrir son enfant. Ce texte n’avait toutefois pas achevé son parcours parlementaire et était devenu caduc à la fin de la législature. Avec cette nouvelle pétition, le collectif espère obtenir une protection claire afin qu’aucune mère ne soit contrainte de se cacher ou de rejoindre des toilettes pour nourrir son bébé.
Source : Le Parisien
