Au Nigeria, la pauvreté nourrit l’engouement pour les mariages de masse
Dans la ville de Kano, l’administration de l’État du même nom, situé dans le nord du Nigeria, a organisé un mariage collectif célébrant l’union de quelque 1 500 couples. Cette cérémonie a eu lieu le vendredi 7 août dans la mosquée centrale de la ville, où les femmes portaient des hidjabs rouges et les hommes des costumes traditionnels blancs avec un bonnet rouge.
Parmi les participants, beaucoup ont perdu des membres de leur famille lors d’attaques violentes du groupe djihadiste Boko Haram, qui a causé de nombreux attentats et enlèvements dans la région. Ces mariages incluent des veufs, des célibataires et des divorcés, souvent confrontés à des difficultés économiques et incapables de supporter les coûts d’un mariage traditionnel.
Pour Abba Kabir Yusuf, gouverneur de l’État de Kano, ce programme est une « intervention sociale audacieuse visant à redonner espoir et à soutenir une vie familiale digne à Kano ».
Sous le parrainage de la police islamique
Kano, État à majorité musulmane et le plus peuplé du Nigeria, a une tradition de mariages collectifs qui remonte à 2012, visant à « soutenir les veuves, les divorcées et les jeunes femmes en situation économique difficile ». La demande pour ces événements a considérablement augmenté, avec 10 000 couples candidats pour seulement 3 000 places lors de la dernière édition.
La Hisbah, la police islamique, est chargée de qualifier les couples pour la liste finale. Selon Mujahid Aminudeen, commandant général adjoint de la Hisbah, certains couples tentent de convaincre les autorités de leur authenticité, cherchant surtout à bénéficier des avantages liés à cette initiative.
L’engouement pour ces mariages s’explique en grande partie par l’aide financière de l’État. L’administration de Kano a investi 1,5 milliard de nairas (environ 960 000 euros) pour financer des ateliers et des séminaires préparant les candidats aux responsabilités conjugales, ainsi que pour couvrir les examens médicaux, la dot, le mobilier et d’autres articles nécessaires. Environ 1 million de nairas (640 euros) ont été dépensés pour chaque couple participant, incluant un soutien pour aider les femmes à créer des petites entreprises et à devenir économiquement autonomes.
Lutter contre la radicalisation des jeunes hommes
Les difficultés économiques au Nigeria alimentent le désespoir parmi les jeunes demandeurs. Lors de sa campagne électorale pour les élections générales de 2023, Abba Kabir Yusuf a mis en avant ces mariages comme une promesse pour améliorer le bien-être de la population. Un des nouveaux mariés, Samini Tijani Isa, a déclaré que sans ce mariage collectif, il aurait attendu au moins cinq ans avant de se marier, en raison des difficultés financières.
Cependant, des critiques se demandent si cet argent n’aurait pas été mieux utilisé pour lutter contre le chômage et la hausse des prix alimentaires plutôt que pour des mariages, alors que de nombreux époux sont sans emploi. En 2013, le magazine Time soulignait que ces mariages collectifs pourraient aussi servir à enrayer la radicalisation de jeunes hommes vivant en marge de la société. Le cheikh Abdullahi Bala-Lau a affirmé que cette initiative contribuait à réduire l’insécurité provoquée par des jeunes désœuvrés.
Encourager le mariage a été considéré comme une tactique antiterroriste déjà expérimentée, mais son efficacité reste à prouver dans un contexte où les parcours de radicalisation sont variés.
Source : The Guardian, Deutsche Welle, The Washington Post, BBC, Vanguard, Daily Trust, Africa News.



