Pascale Piera : «La justice vit dans une pénurie de moyens que les gens n’imaginent pas» - L'Atelier politique

La justice vit dans une pénurie de moyens que les gens n’imaginent pas

Pascale Piera, avocate pendant dix ans, magistrate pénaliste durant vingt ans et députée européenne du Rassemblement national depuis juin 2024, a récemment exprimé des préoccupations majeures concernant l’état de la justice française. Dans un entretien accordé à L’Atelier politique, elle souligne un manque alarmant de ressources qui affecte la capacité du système judiciaire à fonctionner efficacement.

L’affaire Lyhanna, révélatrice d’un système à bout

La mort tragique de Lyhanna, une fillette de onze ans, a profondément choqué la France et mis en lumière les failles structurelles de la justice. Piera décrit cette situation comme « la chronique d’un désastre annoncé ». Elle insiste sur le fait qu’il est essentiel d’examiner les conditions de travail des magistrats et des services d’enquête, et non de se concentrer uniquement sur des erreurs individuelles.

La parole des enfants : un exercice « extrêmement délicat »

Concernant la prise en compte de la parole des enfants dans les procédures judiciaires, Piera reconnaît des avancées, comme la procédure Mélanie, mais souligne la complexité de ce processus. Elle affirme que « il est parfois difficile de faire la part des choses entre ce que l’enfant entend dire et ce qu’il dit lui-même », ce qui nécessite des moyens supplémentaires.

65% de défiance : un signal politique immédiat

Un récent sondage Elabe révèle que 65% des Français ne font pas confiance à la justice, un chiffre alarmant selon Piera. Elle considère ce niveau de défiance comme inacceptable, rappelant que la justice est un pilier fondamental de la société française.

Lenteur, peines non exécutées : des critiques fondées

Piera évoque également la lenteur des procédures judiciaires, qu’elle qualifie de « problème majeur » lié à un manque criant de moyens. Elle cite des exemples concrets, comme les procédures de garde d’enfant, qui peuvent prendre des mois et exposer les familles à des risques.

Des moyens bien en dessous des standards européens

La France consacre 77,22 euros par habitant à la justice, soit 0,20% de son PIB, comparé à 136 euros en Allemagne et environ 100 euros en Italie et en Espagne. De plus, la France compte seulement 3 procureurs pour 100 000 habitants, alors que la moyenne dans d’autres pays comparables est de 11. Piera juge cette situation insoutenable, particulièrement avec les taux de délinquance en hausse.

La magistrature « noyautée » ? Un procès injuste

Piera réfute l’idée d’une magistrature influencée par des partis politiques, affirmant n’avoir rencontré que « moins de cinq personnes » ayant manifesté une volonté politique claire dans leurs décisions. Cependant, elle critique les prises de position publiques du Syndicat de la magistrature, qui, selon elle, compromettent l’apparence d’impartialité.

Places de prison : la leçon du Salvador à relativiser

Interrogée sur la construction rapide de prisons au Salvador, Piera admet que cela illustre une volonté politique, mais refuse de faire un parallèle direct entre les deux pays en raison de différences fondamentales en matière de philosophie juridique et de criminalité.

Le « bouclier démocratique » européen : un instrument de contrôle ?

Enfin, Piera s’est exprimée au Parlement européen sur le « bouclier européen de la démocratie », qu’elle considère comme un « leurre » et un « instrument de contrôle », mettant en garde contre les dangers d’interférences dans les processus électoraux en Europe.

Cet entretien met en lumière les défis cruciaux auxquels fait face la justice française, soulignant un besoin urgent de réformes et de ressources supplémentaires pour restaurer la confiance du public.

Source : L’Atelier politique

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