Les panneaux solaires n’ont jamais été aussi peu chers : pourquoi l’Europe hésite encore
Hausse de la demande d’électricité due aux fortes chaleurs, baisse de la production nucléaire, diminution des niveaux des rivières, indisponibilité temporaire de centrales à gaz… Le secteur électrique européen est mis à rude épreuve par le changement climatique. Si le solaire pourrait être la solution évidente face aux tensions, le marché photovoltaïque connaît étonnamment une stagnation.
La surcapacité en Chine persiste et maintient les prix bas des panneaux solaires
Selon la plateforme pvXchange, les prix des panneaux solaires ont légèrement diminué ou stagné pour certains modèles lors de sa dernière publication. Seuls les modèles à haute performance ont enregistré une hausse, d’environ 3 % par rapport au mois précédent. Pour les autres catégories (panneaux full black, standards et low cost), les prix sont restés stables ou ont diminué.
Cette hausse est toutefois à relativiser. pvXchange a modifié son mode de calcul : le seuil de rendement qui sépare les panneaux « standards » des modèles « haute performance » a été relevé à 23,5 %. Sans ce changement, le prix des panneaux haute performance serait resté au niveau du mois précédent, et celui des modèles moins efficaces aurait même légèrement baissé. La progression affichée tient donc surtout à un effet de reclassement, pas à une vraie remontée des tarifs.
Pourtant, le marché s’attendait à une remontée des prix après les mes prises par la Chine pour redresser son industrie photovoltaïque. Pékin a en effet instauré cette année de nouvelles mes destinées à réduire la surcapacité qui frappe le secteur solaire chinois. Les fabricants ont notamment été encouragés à réduire leur production et à écouler leurs stocks excédentaires.
Mais pour l’instant, ces mes ne suffisent pas à faire remonter les prix. Les excédents restent importants et continuent de peser sur le marché. De nombreux fabricants ont choisi de ralentir ou mettre temporairement à l’arrêt certaines lignes de production. La réduction de la surproduction est donc bien moins importante que prévu. L’offre reste donc supérieure à la demande, ce qui maintient la pression sur les prix des panneaux solaires.
Un marché européen en stagnation
Malgré la tendance actuelle des prix, le marché photovoltaïque européen reste en stagnation. La situation est surprenante, d’autant que le contexte énergétique actuel devrait stimuler les nouvelles installations solaires. Plusieurs pays du continent ont été confrontés à des vagues de chaleur successives, certains ayant même connu leur mois le plus chaud jamais enregistré. Ces températures extrêmes ont impacté différentes infrastructures de production d’électricité.
Des réacteurs nucléaires ont dû réduire leur production en raison de la hausse de la température des rivières utilisées pour leur refroidissement. Au Royaume-Uni, des centrales à gaz ont également suspendu leur production en raison des difficultés de refroidissement pendant les épisodes de canicule. La production hydroélectrique a également été affectée par la sécheresse qui a touché plusieurs pays européens. En plus des tensions de l’offre, la demande a aussi fortement augmenté sous l’effet du recours élevé à la climatisation.
« La réponse la plus évidente serait d’accélérer la transition énergétique et de faire de la production d’électricité renouvelable une priorité », souligne Martin Schachinger de pvXchange. Pourtant, les gouvernements restent largement silencieux et privilégient des mes à court terme destinées à atténuer les effets du changement climatique. L’une des principales raisons qui freinent l’adoption du solaire est l’incertitude concernant l’évolution des politiques énergétiques ainsi que des conditions d’investissement.
Le tableau n’est pas si sombre pour les installateurs. Selon pvXchange, leurs carnets de commandes restent bien remplis : une partie des acheteurs se précipite pour installer avant une possible dégradation des conditions d’aide. C’est justement cet effet d’anticipation, plus qu’une désaffection pour le solaire, qui expliquerait la stagnation actuelle des ventes.
Des données montrent que si l’Europe est restée la principale région d’exportation des panneaux solaires chinois, les commandes ont reculé dans plusieurs pays au cours du mois de juillet. Les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont notamment enregistré une baisse de la demande. Celle-ci a été partiellement compensée par une progression des commandes en France, en Slovénie et en Grèce.
Source : Frandroid.

