À Oslo, une série monumentale de Munch révèle ses préoccupations sociales

À Oslo, une série monumentale de Munch révèle ses préoccupations sociales

À l’heure de la pause estivale, l’exposition au musée Munch d’Oslo présente une série de douze œuvres monumentales de la frise Freia, réalisée par le peintre norvégien Edvard Munch en 1922. Cette exposition rappelle que les grandes vacances n’ont pas toujours été le rendez-vous annuel qu’elles sont aujourd’hui, notamment en France où les congés payés ne sont inscrits dans le droit du travail que depuis moins de 100 ans.

Dans les années 1920, en Scandinavie, les revendications des travailleuses et travailleurs prennent de l’ampleur. C’est dans ce contexte que Munch crée ces douze œuvres murales pour la cantine des ouvrières de la chocolaterie Freia, qui demeure aujourd’hui la plus célèbre et la plus grande du pays. À l’époque, cette chocolaterie emploie des milliers de femmes, représentant les deux tiers de la main-d’œuvre, tandis que les hommes occupent principalement des postes de gestion.

L’art pour tous

Le fondateur de Freia, Johan Throne Holst, se distingue par ses pratiques progressistes. Dans un contexte où de nombreuses usines exploitent la main-d’œuvre féminine sans se soucier de leur santé, il engage un médecin à plein temps dès 1916 et fixe à seize ans l’âge minimum des ouvrières. Ces dernières bénéficient également de douches hebdomadaires et de manucures mensuelles. Holst croit fermement que des employés heureux au travail le seront également chez eux, et il décide d’inviter l’art dans l’espace de travail.

Pour décorer la cantine des « chocolate girls », il propose une enveloppe de 80 000 couronnes norvégiennes (environ 260 000 euros) à Munch, une somme considérable pour l’époque. Munch voit cette commande comme une opportunité de rendre son art accessible à un large public, affirmant que « l’art ne pourrait-il pas, une fois de plus, devenir le bien commun de tous ? ».

Tour d’horizon du talent de Munch

Peinte en deux mois, la frise Freia constitue la seconde et unique œuvre d’art public de Munch. Cette série marque un tournant dans sa pratique, témoignant de son intérêt croissant pour les œuvres décoratives monumentales destinées à des espaces publics. Ana María Bresciani, commissaire de l’exposition, souligne que Munch crée ici un cycle pictural cohérent, plutôt que des tableaux isolés.

Les douze œuvres illustrent la vie estivale dans une ville côtière norvégienne, se lisant comme une histoire découpée en épisodes : des enfants se promenant, des femmes cueillant des fruits, un couple contemplant la mer, ou encore une soirée dansante. Plusieurs motifs s’inspirent d’œuvres antérieures de Munch, notamment La Danse de la vie, réinterprétée ici en une version plus lumineuse, intitulée La Danse sur la plage.

L’exposition « Edvard Munch and the Chocolate Factory » se déroule du 21 mai au 11 octobre 2026 au Munchmuseet, situé à Oslo.

Source : Beaux Arts Magazine

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