Ormuz 2026 : Un Détroit en Crise
Entre février et août 2026, le trafic de navires de matières premières dans le détroit d’Ormuz a été divisé par six, passant de 95 bateaux par jour à environ quinze, selon les données de Kpler compilées par l’AFP. Ce déclin drastique révèle une recomposition des routes maritimes, marquée par l’effondrement du couloir international, la survie d’une route iranienne, et l’explosion des itinéraires « non identifiés ».
Le protocole d’accord entre Téhéran et Washington a initialement provoqué un rebond du trafic, qui est rapidement retombé. Cette situation illustre une réalité : un détroit ne se rouvre pas par décret, car la confiance ne se décrète pas.
Anatomie d’une Asphyxie
En février 2026, 95 navires d’hydrocarbures et de matières premières traversaient quotidiennement le détroit, représentant un cinquième du pétrole mondial et la majorité du gaz naturel liquéfié qatari. Avec le début de la crise entre l’Iran, Israël et les États-Unis en mars, le trafic a chuté à une dizaine de passages quotidiens, une réduction de près de 90 % qui s’est maintenue pendant quatre mois.
À la fin juin, le protocole d’accord a permis un rebond temporaire à 36 navires par jour, mais dès juillet-août, la moyenne est retombée à 15. Ainsi, six mois après le début de la crise, le détroit fonctionnait à moins d’un sixième de son régime habituel.
Routes Maritimes en Mutation
La majorité du trafic empruntait en février le couloir approuvé par l’Organisation maritime internationale. Cependant, dès mars, cette route officielle a quasiment disparu, laissant place à une gestion du risque. Deux nouvelles routes ont émergé : la « route iranienne », qui longe la côte nord, et l’« itinéraire non identifié », qui est devenu la première catégorie de trafic dans le détroit, caractérisée par des navires utilisant des transpondeurs éteints ou falsifiés.
Cette crise a normalisé les pratiques de la « flotte fantôme », qui utilise des méthodes telles que l’extinction des signaux et les transbordements en mer. Cela a entraîné une perte de visibilité sur le trafic réel dans ce passage énergétique crucial.
Le Rebond Éphémère et la Confiance Érodée
L’épisode de fin juin, où le trafic a temporairement augmenté, souligne que les accords politiques ne suffisent pas à restaurer la confiance dans le secteur maritime. Tant que la menace persiste, les primes d’assurance restent élevées, poussant les affréteurs à privilégier des routes alternatives. La confiance maritime se perd rapidement et se regagne lentement.
Vivre avec un Détroit Intermittent
Les effets de cette crise se manifestent dans l’économie mondiale, notamment par une hausse des prix des carburants et un allongement des routes maritimes. Les fournisseurs d’énergie en dehors de la zone de risque, comme ceux de l’Atlantique américain, gagnent en importance.
Au final, le commerce mondial des matières premières doit désormais composer avec un détroit intermittent, où la sécurité et la transparence sont compromises. Les navires manquants ne sont pas tous disparus ; certains empruntent d’autres routes, d’autres passent sous des identités cachées, et d’autres ne passent plus du tout.
Source : AFP, Kpler

