OpenAI Accusé de Contrefaçon par l’Éditeur Allemand Carlsen
La procédure a été déposée le 19 août 2026 devant le tribunal régional de Munich I contre OpenAI Ireland, entité du groupe OpenAI qui exploite ChatGPT en Europe. L’éditeur jeunesse Carlsen est soutenu dans cette démarche par le groupe allemand Bonnier, auquel il appartient, rapporte Börsenblatt.
Au cœur de la plainte se trouve Das NEINhorn, un album écrit par Marc-Uwe Kling et illustré par Astrid Henn, publié par Carlsen en 2019 et devenu l’un des best-sellers jeunesse de l’éditeur. Plusieurs suites et déclinaisons ont depuis prolongé l’univers du petit licorneau réfractaire qui répond systématiquement « non ». En France, Das NEINhorn est paru en 2021 chez Gautier-Languereau sous le titre Le LicorNON, dans une traduction de Catherine Kalengula.
Des Histoires, Illustrations et Maquettes Générées
Selon Carlsen et les deux créateurs, des requêtes simples adressées à ChatGPT permettraient d’obtenir de nouvelles histoires reprenant des éléments créatifs caractéristiques de Das NEINhorn. Ils affirment également que les illustrations générées ressemblent fortement à celles d’Astrid Henn. Les tests menés par les plaignants indiquent que ChatGPT aurait intégré d’autres personnages et lieux de la série sans qu’ils soient explicitement demandés, et aurait proposé des maquettes complètes d’histoires illustrées, incluant couverture, mentions légales, logo de l’éditeur et même un faux ISBN.
Christian Schumacher-Gebler, directeur général de Bonnier en Allemagne, souligne qu’une maquette générée attribuait elle-même le texte à Marc-Uwe Kling, les illustrations à Astrid Henn et le copyright à Carlsen Verlag. Pour le groupe, cet élément renforce l’idée que le système reproduit des caractéristiques directement liées aux œuvres originales.
À partir de ces résultats, Carlsen, Marc-Uwe Kling et Astrid Henn estiment que les œuvres de la série ont été utilisées sans autorisation pour entraîner les modèles de langage et d’image d’OpenAI, et qu’une partie de leurs caractéristiques aurait été « mémorisée » par ces modèles. Carlsen demande notamment l’arrêt de l’utilisation non licenciée des œuvres, davantage de transparence sur les pratiques concernées et la réparation du préjudice qu’il estime avoir subi.
Une Deuxième Offensive Majeure de l’Édition Allemande
L’affaire Carlsen n’arrive pas seule devant le tribunal de Munich. Le 27 mars 2026, Penguin Random House Verlagsgruppe avait déjà assigné OpenAI devant la même juridiction au sujet d’une autre figure populaire de la littérature jeunesse allemande : Der kleine Drache Kokosnuss d’Ingo Siegner. Penguin Random House reproche également à ChatGPT de générer des textes et des illustrations reconnaissables à partir de requêtes simples, ainsi que de proposer des couvertures et des manuscrits destinés à être publiés en autoédition.
Munich, Terrain Central du Contentieux sur l’IA
Ces nouvelles plaintes s’inscrivent dans un contexte juridique allemand déjà défavorable à OpenAI. En Allemagne, l’article 44b de la loi sur le droit d’auteur autorise, sous conditions, la fouille de textes et de données sur des œuvres accessibles légalement, sauf opposition explicite des ayants droit. La question centrale est de savoir si cette exception peut encore jouer lorsqu’une œuvre est non seulement analysée, mais mémorisée puis reproduite par un modèle.
En novembre 2025, le tribunal régional de Munich I avait donné raison à la GEMA, société allemande de gestion des droits musicaux, dans une procédure concernant neuf paroles de chansons, considérant que leur mémorisation dans les modèles et leur restitution parfois quasi identique par ChatGPT constituaient des actes relevant du droit de reproduction. Ce jugement n’est toutefois pas définitif.
C’est donc devant une juridiction qui a déjà eu à se prononcer sur la notion de « mémorisation » des œuvres par une intelligence artificielle que Carlsen, Marc-Uwe Kling et Astrid Henn portent désormais Das NEINhorn.
Au niveau européen, les obligations de l’AI Act applicables aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général sont entrées en application le 2 août 2025, imposant une politique de respect du droit d’auteur et la publication d’un résumé des contenus d’entraînement.
Source : Börsenblatt


