Bolloré : des ONG belges en justice contre des milliardaires
Trois ONG belges et une luxembourgeoise ont assigné en justice la société Socfin, détenue majoritairement par Vincent Bolloré et Hubert Fabri, pour des poursuites jugées abusives. Cette action vise à dénoncer les « procédures bâillons » utilisées par certaines multinationales accusées de violations des droits humains et de dégradation de l’environnement.
Le 8 juin, les organisations CNCD-11.11.11., Fian, Humundi et SOS Faim Luxembourg ont déposé plainte au palais de justice de Bruxelles. Elles cherchent réparation pour les dommages subis à la suite de plaintes pénales déposées par Socfin en 2019, qui les accusait de diffamation, calomnie et atteinte à la vie privée, suite à la publication d’un rapport sur ses plantations d’huile de palme en Sierra Leone. Après six ans de procédures, un tribunal luxembourgeois a rendu un non-lieu, ne retenant aucune charge contre les ONG, affirmant que leur travail reposait sur des bases factuelles solides.
Cette victoire des ONG s’accompagne de coûts significatifs, atteignant plusieurs dizaines de milliers d’euros en frais d’avocat. La riposte judiciaire vise également à contrecarrer les procédures bâillons, qui visent à intimider les ONG et les journalistes dans leur travail d’information. Bien que de nombreuses de ces procédures échouent, elles engendrent des coûts financiers et psychologiques, dissuadant ainsi d’autres enquêtes sur des multinationales comme Socfin.
En réponse à ce phénomène, l’Union européenne a adopté en avril 2024 une directive contre les procédures bâillons, ou SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation), afin de mieux protéger les citoyens et les professionnels. Un projet de loi a été voté par la Chambre belge en mai 2024, visant à transposer cette directive.
Les plantations de Socfin s’étendent sur environ 190.000 hectares dans plusieurs pays d’Afrique centrale, de l’Ouest et d’Asie du Sud-Est. L’entreprise, dont les racines remontent à l’époque coloniale belge, est accusée de pratiques abusives, notamment d’accaparement de terres et de violences sexuelles envers des travailleuses. En 2023, Socfin a mandaté l’organisation Earthworm Foundation pour examiner ces allégations.
Vincent Bolloré et Hubert Fabri, qui occupent des sièges au conseil d’administration de Socfin, continuent de faire face à des critiques concernant les activités de l’entreprise. En mars 2024, le fonds souverain norvégien a décidé de se désengager de la société Bolloré en raison de préoccupations relatives aux droits humains dans ses plantations.
Cette situation soulève des enjeux cruciaux concernant la responsabilité des multinationales et la protection des droits des ONG et des journalistes dans le cadre de leurs missions d’information.
(Source : Le Vif)
