« On y croit » : aux universités d’été de LFI, une gauche qui refuse de laisser 2027 au RN

À Châteauneuf-sur-Isère, le signal politique est difficile à ignorer

Il y a des images politiques qui en disent parfois davantage que dix plateaux télévisés. À Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, les universités d’été de La France insoumise affichent cette année une affluence particulièrement importante, avec plus de 8 000 personnes attendues sur le week-end.

Et surtout, une ambiance : « On y croit. »

À quelques mois de la présidentielle de 2027, les militants insoumis ne viennent manifestement pas seulement écouter des discours. Ils viennent se projeter dans une bataille électorale qu’ils considèrent désormais comme ouverte.

Selon l’AFP, reprise notamment par plusieurs médias, ces AMFIS 2026 constituent les plus importantes universités d’été jamais organisées par LFI. L’affluence a même provoqué des embouteillages et obligé l’organisation à adapter ses parkings.

Pour un mouvement politique que ses adversaires présentent régulièrement comme condamné à rester minoritaire, le spectacle est pour le moins embarrassant.

Le RN aimerait évidemment que cette dynamique n’existe pas

Le Rassemblement national domine encore largement plusieurs scénarios de sondages pour 2027. C’est une réalité qu’il serait absurde de nier.

Mais la politique française n’est pas une élection déjà jouée huit mois avant le scrutin.

Et c’est précisément ce que semblent avoir compris les militants de LFI.

Jean-Luc Mélenchon se situe désormais autour de 14 à 15 % dans certaines hypothèses de premier tour, selon le baromètre Toluna Harris Interactive cité par RTL et M6. Dans certaines configurations, il apparaît même comme le mieux placé à gauche et peut profiter de la fragmentation du bloc central.

Le chiffre ne signifie évidemment pas que Mélenchon est assuré d’accéder au second tour. Il ne signifie pas davantage qu’une victoire face au RN serait acquise.

Mais il signifie une chose essentielle : la candidature insoumise n’est plus politiquement invisible.

Et c’est précisément ce que le RN préférerait éviter.

« On va gagner » : derrière le slogan, une stratégie

Le plus intéressant dans cette mobilisation n’est finalement pas le nombre de drapeaux, de tee-shirts ou de badges.

C’est la conviction.

Les militants rencontrés par l’AFP décrivent une dynamique différente de celles observées lors des précédentes campagnes présidentielles. Certains estiment que la campagne de 2027 peut dépasser la simple logique de témoignage électoral.

L’un d’eux résume cette impression en expliquant qu’en 2017 et 2022 il y avait déjà de l’espoir, mais qu’en 2026 ils ressentent désormais « une autre dynamique ».

Cette confiance n’est évidemment pas une preuve de victoire.

Mais elle est politiquement importante.

Parce qu’une campagne présidentielle ne se construit pas uniquement avec des tableaux Excel et des courbes de sondages. Elle se construit aussi avec des militants capables de convaincre, de distribuer des tracts, d’organiser des réunions, de parler aux abstentionnistes et de transformer une intention de vote en bulletin dans l’urne.

Le RN l’a parfaitement compris depuis des années.

La gauche commence à mer qu’elle doit elle aussi mener cette bataille.

Le véritable adversaire de LFI n’est pas seulement le RN

Le paradoxe de 2027 est cruel.

Le RN reste extrêmement puissant, tandis que la gauche demeure profondément divisée.

Socialistes, écologistes, sociaux-démocrates et insoumis ne partagent ni la même stratégie ni toujours le même candidat.

Cette fragmentation constitue probablement l’une des principales faiblesses de la gauche.

Une analyse récente du Monde souligne d’ailleurs que la gauche française reste profondément divisée à l’approche de 2027, tandis que Mélenchon bénéficie de cette absence de candidat commun.

Le RN, lui, rêve évidemment d’une gauche incapable de s’entendre.

Car une gauche dispersée signifie mécaniquement davantage de voix perdues au premier tour.

Et l’histoire électorale française est impitoyable avec les candidatures multiples.

Le scénario que le RN redoute : une dynamique qui s’élargit

La question centrale pour LFI est donc beaucoup plus large que celle de son socle militant.

Mélenchon peut-il dépasser son électorat traditionnel ?

C’est là que se jouera une grande partie de la bataille.

Les militants présents aux AMFIS en sont conscients. Plusieurs expliquent à l’AFP qu’ils souhaitent convaincre les électeurs qui ne se reconnaissent pas spontanément dans LFI.

Autrement dit : sortir de la caricature.

Le pari consiste à dire que le débat sur le programme peut modifier l’image du mouvement et attirer des électeurs qui ne voteraient pas nécessairement pour LFI aujourd’hui.

C’est un pari politique.

Et, contrairement à ce que certains commentateurs semblent parfois croire, un pari politique n’est pas une prédiction.

Face au RN, le choix pourrait devenir beaucoup plus simple

Les sympathisants insoumis envisagent déjà le scénario d’un second tour face à l’extrême droite.

Ils espèrent alors bénéficier d’un réflexe de barrage républicain.

Le problème est que les sondages actuellement disponibles montrent que cette hypothèse serait loin d’être gagnée.

Dans les scénarios testés par Toluna Harris Interactive pour RTL et M6, Jordan Bardella ou Marine Le Pen l’emportent largement face à Jean-Luc Mélenchon.

Mais cette situation n’a rien d’une fatalité historique.

Elle constitue plutôt un avertissement.

Si la gauche veut empêcher le RN d’accéder au pouvoir, elle devra convaincre bien au-delà de son propre camp.

Et surtout, elle devra convaincre avant le second tour.

Le RN possède les sondages. LFI possède désormais la bataille du terrain

C’est peut-être le principal enseignement de ces universités d’été.

Le RN bénéficie aujourd’hui d’une position très favorable dans les intentions de vote.

Mais LFI montre qu’elle dispose d’une organisation militante capable de remplir des rassemblements et de maintenir une campagne active plusieurs mois avant l’élection.

Les AMFIS ont franchi le cap des 4 000 inscrits dès fin juillet, avant même leur ouverture.

Quelques semaines plus tard, l’organisation annonçait plus de 8 000 personnes attendues sur le week-end.

La différence est considérable.

Et elle rappelle une vérité politique souvent oubliée : une présidentielle ne se gagne pas sur X, TikTok ou dans les studios de télévision.

Elle se gagne aussi dans les quartiers, les villages, les marchés, les entreprises, les universités et les réunions publiques.

Bref, dans ce vieux truc particulièrement archaïque que les communicants appellent encore « le terrain ».

2027 n’est pas joué

Il serait aussi absurde de transformer l’enthousiasme des militants insoumis en certitude électorale que de considérer les sondages actuels comme le résultat officiel de 2027.

La seule chose certaine aujourd’hui est que le rapport de force peut encore évoluer.

Le RN est puissant.

La gauche est divisée.

Mélenchon dispose d’un socle important.

Et LFI semble vouloir transformer ce socle en dynamique nationale.

Le véritable enjeu sera donc celui de l’élargissement.

Car pour empêcher l’extrême droite de conquérir l’Élysée, il ne suffira pas de convaincre ceux qui sont déjà convaincus.

Il faudra convaincre ceux qui doutent.

Ceux qui s’abstiennent.

Ceux qui ont voté ailleurs.

Ceux qui ne supportent plus la politique spectacle.

Et ceux qui pensent encore que 2027 est déjà écrit.

La bataille ne fait que commencer

Dans la Drôme, les militants insoumis chantent déjà « On va gagner ».

Le RN, lui, peut regarder les sondages et continuer à croire que l’élection lui appartient.

Mais une élection n’appartient jamais aux sondages.

Elle appartient aux électeurs.

Et surtout, elle appartient à ceux qui parviennent à leur donner une raison de se déplacer.

À huit mois du premier tour, une chose est donc certaine : la gauche insoumise n’a manifestement aucune intention de regarder le RN avancer vers 2027 en spectatrice.

Et cette mobilisation pourrait bien être l’un des premiers grands signaux d’une campagne qui, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, est très loin d’être terminée.

2027 n’est pas écrit. Et pas par le RN.

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