NVIDIA acquiert Hugging Face, une étape pour la souveraineté IA de l’UE ?

Le rachat de Hugging Face par NVIDIA peut-il renforcer la souveraineté IA de l'UE ?

ParYaël Ossowski, EU Tech Loop with Euronews

Publié le

Jeudi, le fabricant américain de puces NVIDIA a annoncé son intention de racheter la bibliothèque d’intelligence artificielle Hugging Face pour 13 milliards de dollars (11,2 milliards d’euros).

Une somme vertigineuse pour une plateforme qui avait démarré comme une application de messagerie adaptée aux adolescents, avant de se transformer en l’une des principales bases de données hébergeant des modèles d’IA open source et open weight.

Même si l’opération se déroule principalement aux États-Unis, les fondateurs de l’entreprise sont français et la moitié de leurs salariés sont basés à Paris. Ils espèrent devenir un acteur clé de l’écosystème européen de l’IA open source.

Ce rachat risque de faire beaucoup réagir à Paris comme à Bruxelles, notamment parmi les autorités de la concurrence et les observateurs du secteur qui demanderont l’application, si nécessaire, de l’AI Act européen et un examen réglementaire des clauses de l’accord.

Ouvert vs fermé

NVIDIA est désormais considérée comme la plus grande entreprise cotée au monde en termes de capitalisation boursière, une position à laquelle elle a accédé grâce à l’explosion de la demande pour ses GPU dans les centres de données dédiés à l’IA.

Au cours de l’année écoulée, la société a renforcé son engagement en faveur des modèles d’IA ouverts, mettant gratuitement à disposition des dizaines de modèles sur ses propres plateformes et en menant des initiatives politiques visant à garantir la concurrence entre les fournisseurs de LLM propriétaires et open source.

Pour les innovateurs de l’Union européenne qui n’ont pas forcément les ressources ou le capital nécessaires pour entraîner et lancer leurs propres modèles au niveau d’Anthropic ou d’OpenAI, l’utilisation des plateformes de Hugging Face pourrait devenir un outil précieux pour développer des solutions destinées aux Européens.

« Pour nombre des problèmes que pose l’IA, l’open source peut être une solution, » a expliqué le cofondateur de Hugging Face, Clément Delangue, dans une interview accordée au Monde en 2024.

« Parce que les modèles propriétaires sont des boîtes noires qui rendent difficile l’analyse de leurs biais ou de leurs sources de vérité. »

L’approche européenne de l’IA consiste à fixer des règles et des politiques destinées à servir de modèle à l’échelle mondiale, dont certaines favorisent les industries locales et des objectifs plus larges à l’échelle du continent.

Mais l’innovation se joue à tous les niveaux de la chaîne, pas seulement chez les fabricants européens de LLM comme Mistral ou DeepL, qui sont visés par l’AI Act de l’UE.

La quête de souveraineté

Au-delà des fondateurs et des innovateurs, nombre de modèles ouverts peuvent aussi servir à créer des versions personnalisées pour les gouvernements et les agences, hébergées localement et entraînées sur des données sensibles ou protégées.

Les situations de dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique préoccupent réellement les régulateurs européens, mais les modèles ouverts pourraient favoriser une véritable concurrence et réduire la dépendance à l’égard des grandes entreprises technologiques qui hébergent les données en dehors de l’UE.

Cela supposerait une expertise bien plus poussée, notamment au sein des administrations, mais ce serait un signal bienvenu pour ceux qui souhaitent réduire les risques que fait peser la dépendance des systèmes européens aux infrastructures chinoises ou américaines.

, la construction de centres de données européens est un objectif majeur des régulateurs, mais les logiciels qui y fonctionneront auront tout autant d’importance.

Pour les personnes qui utilisent l’IA au quotidien, qu’il s’agisse de consommateurs ou de petites entreprises, l’aspect le plus enthousiasmant des modèles ouverts est l’étendue de ce qui est accessible à tous pour un coût faible, voire nul.

Cela constituera une aubaine pour les chercheurs et les professionnels des arts et des sciences qui n’ont pas les budgets des grands groupes.

« La science ouverte et l’IA open source redistribuent les bénéfices économiques en permettant à des centaines de milliers de petites entreprises et de start-up de créer grâce à l’IA. Elles stimulent l’innovation et une concurrence équitable entre tous, » a déclaré en 2023 Clément Delangue devant une commission de la Chambre des représentants américaine.

Quel que soit le modèle utilisé par un particulier ou une petite entreprise, le message est clair : il faut le dupliquer, l’ajuster, le personnaliser et l’améliorer.

Cet article a été publié initialement sur EU Tech Loop (source en anglais) et a été repris par Euronews dans le cadre d’un accord de syndication.

Source

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *