Nocturne | Le défi de monter sa tente à la noirceur

Monter sa tente à la noirceur : Un défi pour les randonneurs

Il fait nuit lorsque les randonneuses s’arrêtent pour installer le camp. La forêt est dense, il n’y a pas beaucoup de place pour monter deux tentes. Elles évitent le sentier principal, se retirent vers ce qui semble être une petite carrière pour s’installer et enfin se coucher. Mais des pas se font entendre, clonk clonk sur les cailloux. Pas de doute, ce sont des sabots, c’est un orignal.

L’animal s’approche d’une tente, la renifle longuement, puis laisse échapper une longue plainte de frustration. Les campeuses se sont placées sur son sentier favori.

Monter sa tente en pleine obscurité, dans un endroit qui n’est pas familier, comporte toujours une part de risque. Les amateurs de plein air ont souvent des anecdotes à raconter à ce sujet. Martin Gagnon, par exemple, a dû improviser un campement lors d’une expédition de kayak de mer, après qu’une tempête l’eut éloigné du camping prévu.

« Une fois la noirceur tombée, je vois une toute petite clairière et je décide qu’on campe là, se rappelle-t-il. Le lendemain, ma compagne me réveille : il y a des chevreuils qui marchent autour de la tente… J’écoute et je lui dis : “Ce ne sont pas des chevreuils, ce sont des gens.” On s’était installés dans un sentier de la SEPAQ ! »

Certaines rencontres peuvent être plus inquiétantes. David Handfield, au départ d’une expédition de canot-camping sur la rivière Coulonge, raconte avoir aperçu une grande forme noire qui bouge après avoir été déposé en pleine obscurité par un service de navette.

« Avant de partir avec son camion, le gars me dit : “Ah, c’est un ours noir, mais ça ne devrait pas être un problème”, se rappelle-t-il. » La nuit a été inconfortable, avec un ours qui se promenait aux alentours de la tente. Heureusement, il vaquait à ses propres affaires.

« On s’est assurés qu’on n’avait rien de trop intéressant à part nous dans la tente, on a monté le sac de bouffe dans un arbre et on a espéré pour le mieux, poursuit David Handfield. Et dans ce cas, ça a été le mieux. »

Monter une tente en pleine nuit est un défi. Jean-Philippe LeBlanc, guide d’aventure, partage quelques conseils. D’abord, il est recommandé d’apprendre à monter sa nouvelle tente à la maison, en plein jour, pour éviter des frustrations lors de la première installation à la noirceur.

« Sur un terrain de camping organisé, on peut se servir des phares de la voiture pour éclairer le site. Mais en pleine nature, il faut prévoir une lampe frontale. »

Il précise également qu’il est important de prendre son temps lors du montage. « Si on s’est fait prendre par la noirceur, on a tendance à monter la tente rapidement, on est peut-être un peu stressé. Il y a plus de risque de faire une mauvaise manœuvre et de casser une perche, par exemple. On relaxe, on fait ça bien, étape par étape. »

Jean-Philippe LeBlanc insiste sur l’importance d’être systématique lors du rangement après le montage. « C’est très facile de perdre le sac de rangement de la tente ou le sac des piquets. » Avant de choisir l’emplacement de la tente, il recommande de bien considérer l’environnement immédiat, en vérifiant la présence de branches mortes au-dessus et d’animaux dans les environs.

Dans les campings organisés, comme à la SEPAQ ou dans les parcs nationaux du Canada, il est essentiel de vérifier le numéro de site pour s’asr qu’on monte la tente au bon emplacement.

« Je ne pense pas que ça me soit arrivé, mais j’en ai déjà été témoin », ajoute Jean-Philippe LeBlanc.

Cependant, il peut y avoir de bonnes surprises. Marina Brzeski, par exemple, est arrivée à destination à 23 h, sans réservation. Après avoir été refusée dans deux terrains de camping, elle a trouvé une place dans un troisième, entre deux caravanes, à la noirceur.

« Je pensais que ce n’était qu’un grand parking, raconte-t-elle. Le matin, je sors de la tente, éblouie par le lever de soleil extraordinaire à deux pas d’une baie de l’océan Pacifique en Oregon, avec des oiseaux qui volaient au-dessus de la brume. Le plus beau spot de camping ! »

En ce moment, la durée de la nuit à Montréal est de 9 heures et 17 minutes.

Source : La Presse

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *