Créer en langues africaines: Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa [1/5] - Reportage Afrique

Créer en langues africaines : Nigeria, littérature en yoruba et roman fondateur de D.O. Fagunwa

Lagos, Nigeria – Environ 50 millions de personnes parlent la langue yoruba à travers les pays d’Afrique de l’Ouest et leurs diasporas. Bien qu’essentiellement orale, cette langue possède des œuvres littéraires significatives. En 1938, Daniel Olorunfemi Fagunwa publie le premier roman en langue autochtone, à une époque où seule la Bible était disponible en yoruba. Aujourd’hui, des acteurs culturels s’efforcent de promouvoir et de soutenir la production littéraire dans cette langue.

Dans son ouvrage La Forêt aux mille démons, Fagunwa raconte l’épopée d’un héros confronté à des épreuves surnaturelles, naviguant entre le monde des vivants et celui des esprits. Ce roman, publié dans un Nigeria encore sous domination britannique, visait à contribuer à l’alphabétisation de son peuple tout en préservant un patrimoine culturel. Ce n’est qu’en 1968, soit trente ans plus tard, que ce roman pionnier sera traduit en anglais par Wole Soyinka, dramaturge et prix Nobel de littérature, considéré comme l’un des héritiers de Fagunwa. Dans sa note de traduction, Soyinka souligne que « le plaisir que procure son talent verbal est sans aucun doute largement perdu dans la traduction », tout en plaidant pour une large diffusion de l’œuvre.

Cette situation met en lumière le dilemme auquel font face les auteurs yorubas : préserver la pureté de leur langue tout en traduisant pour atteindre un public plus vaste.

Rasaq Malik Gbolahan, poète et écrivain, a lancé Atelewo, un magazine en ligne dédié à la littérature yoruba, qui décerne chaque année un prix aux œuvres écrites dans cette langue. Au centre J. Randle pour la culture Yoruba à Lagos, des objets traditionnels côtoient les œuvres d’auteurs populaires tels qu’Amos Tutuola et Lola Shoneyin. Qudus Onikeku, directeur du centre, prépare l’ouverture d’une bibliothèque entièrement consacrée à ce patrimoine, visant à redonner vie à la tradition orale, car selon lui, « la littérature était surtout puissante lorsqu’elle était lue à haute voix ». Le centre propose également des cours de yoruba pour encourager de nouvelles générations de lecteurs.

Source : RFI

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